Le serf s’affranchit et le propriétaire sombre, sa décadence réside dans l’oisiveté, lui faisant perdre tout corps à corps avec la nature, avec les éléments, avec la matière, avec la vie… “Imaginez, Ania : votre grand-père, votre arrière-grand-père, tous vos ancêtres possédaient des esclaves, ils possédaient des âmes vivantes… Posséder des âmes vivantes – mais cela vous a dégénérés, vous tous, vivants ou morts, si bien que votre mère, vous, votre oncle, vous ne voyez même plus que vous vivez de dettes, sur le compte des autres, le compte de ces gens que vous laissez à peine entrer dans votre vestibule…”
Archives de l’étiquette : Marie Reverdy
Gênes 21 / Gênes 01 de Fausto Paravidino – Théâtre de la Vignette / Acetone Cie
Et on se souvient, que derrière ce ridicule qui nous avait fait sourire, il y avait le pathétique d’une situation qui nous glaçait le sang, car ces images nous montraient que notre monde avait changé de registre, et qu’il était passé de l’épique à la farce. Comme le dit Schopenhauer, “on dirait que la fatalité veut, dans notre existence, compléter la torture par la dérision ; elle y met toutes les douleurs de la tragédie, mais, pour ne pas nous laisser au moins la dignité du personnage tragique, elle nous réduit, dans les détails de la vie, au rôle du bouffon » et je crois qu’il convient de nommer ce phénomène par le terme “humiliation”…
Laboratoire Poison et Qui Vive ! – Adeline Rosenstein
La pièce documentaire en 4 parties “Laboratoire Poison”, conçue, écrite et mise en scène par Adeline Rosenstein, interroge le regard, tous les regards. Elle interroge les énoncés et les énonciations. Elle aborde également la question des identités en contexte d’oppression : héro.ïne ici et lâche ailleurs, héro.ïne pour les uns et traître.sse pour les autres, héro.ïne aujourd’hui et scélérat.e demain. Car l’identité n’est pas une substance, mais le résultat d’une énonciation, elle n’est pas immuable et nous permet de comprendre que ce n’est pas hier qui explique aujourd’hui, mais aujourd’hui qui évalue hier.
Institut Ophélie, de Nathalie Garraud et Olivier Saccomano
De là, sûrement, la remarque d’Olivier Neveux quant à la récurrence du terme “réalisme” pour qualifier les enjeux d’un art politique qui consiste présenter le réel tel qu’il est au lieu de le traverstir en image idéologique. De là aussi l’appel à son dépassement, pour ne pas se borner à ce qui est mais imaginer ce qui pourrait être, ce qui devrait être, ce qu’on voudrait qui soit.
Katerina Andreou à ICI-CCN / Montpellier
Le mouvement des danseuses est continu et rien ne “prend corps” comme on dit, car tout se fait flux. Notre œil de spectateurice ne saisit ni une référence, ni une séquence, ni même un visage. La musique ne singularise pas beaucoup plus ; inspirée des musiques noises et électro, quelques chants d’oiseaux se font néanmoins entendre. Dans un mouvement inverse à celui du dirigeable amarré, la pesanteur joyeuse des corps finira par chercher l’ascension en se hissant aux cordes suspendues.
A ne pas rater – Nicolas Heredia | Compagnie La Vaste Entreprise
Avec « A ne pas rater », Nicolas Heredia nous met face à l’expérience du temps : celui de l’attente et de sa potentielle désillusion ; celui qu’il faut tuer ; celui qui nous tuera ; celui, trop rapide, qu’il faut remplir à tout prix ; enfin celui, précieux, qu’il nous faut savourer. « A ne pas rater » nous invite à partager 1H de notre temps, 1h pendant laquelle il faudra bien trouver le moyen de considérer que ce temps n’aura pas été perdu.
Kill Tirésias – Paola Stella Minni & Konstantinos Rizos | Compagnie Futur Immoral
A La Scierie, en plein festival d’Avignon, les prophéties de Tirésias prennent un sens tout particulier. “Notre maison brûle !” nous dit Tirésias… et rien ne sert de tuer le messager s’il a le pouvoir de prophétiser au-delà de sa mort.
Générations – battle of portraits Fabrice Ramalingom | Compagnie R.A.M.a
Le temps, ici, n’est ni linéaire ni cyclique : s’il existe un retour du même, c’est toujours sous une forme différente, selon une modalité nouvelle, doté d’un sens inédit. Entre ces deux hommes c’est donc la ressemblance, malgré les variations modales, qui saute aux yeux : une ressemblance sans simulitude qui permet la singularité. L’écriture de Fabrice Ramalingom explore tous les connecteurs relationnels à l’exception du “contre” : “Avec”, “Pour”, “En miroir”, etc.
Clôture du festival Montpellier Danse 42 – Réflexion sur la danse aujourd’hui
À “Qu’est-ce que la danse ?” se substitue alors la question “À quelle condition une œuvre joue-t’elle le rôle d’œuvre de danse ?” La question est de savoir, à la ville, à la campagne, à l’écran, à la scène ou à la salle, par les muscles, les os, la peau ou les neurones-miroirs, s’il est possible “d’habiter le monde en danseur”, un peu sur le modèle de la prescription faite par Martin Heidegger pour qui on devait “habiter le monde en poète”.
Le Cri et L’Onde de Nacera Belaza – Montpellier Danse 42
Il y a une explosion qui ne demande qu’à s’exprimer, mais qui manque de place, un cri situé au bord, et qui suspend le climax indéfiniment. Ascétique, il n’y aura pas d’assouvissement, pas de cri, pas de retombée, seulement le temps qui se dilate autour de cette ultime seconde, dialectique, entre le vide et le plein qui constituent le désir. Le plaisir, dès lors, se situe sur le fil tendu entre l’ascèse et le désir, entre la précision et l’abandon.
