Katerina Andreou à ICI-CCN / Montpellier

Le mouvement des danseuses est continu et rien ne “prend corps” comme on dit, car tout se fait flux. Notre œil de spectateurice ne saisit ni une référence, ni une séquence, ni même un visage. La musique ne singularise pas beaucoup plus ; inspirée des musiques noises et électro, quelques chants d’oiseaux se font néanmoins entendre. Dans un mouvement inverse à celui du dirigeable amarré, la pesanteur joyeuse des corps finira par chercher l’ascension en se hissant aux cordes suspendues.

FiestAgora avec Gilles Deleuze (4/4)

Tombeau de l’âme pour Platon, le corps doit être soumis à l’effort, et à la discipline, dès son plus jeune âge car l’enfant, incapable de “rester tranquille [nous dit Platon], de s’abstenir de gesticuler ou de parler”, se disperse dans une multitudes de mouvements désordonnés et “in-orientés” pour ne pas dire désorienté. Il faut “cultiver l’ordre du mouvement” rajoute t’il, c’est à dire enseigner à l’enfant le rythme pour lui permettre de se mouvoir sans désordre, pour rationaliser et normaliser les mouvements de son corps encore sauvage. Deux remèdes à la sauvagerie, selon Platon : la lutte et la danse.

FiestAgora avec Gilles Deleuze (3/4)

Berlin Ouest était un corps organique au sens d’un corps organisé, dont les formes urbanistiques étaient cristallisées dans l’architecture et l’aménagement urbain : c’était une ville patrimoniale, remplie de traces du passé impossibles à déconstruire, laissant peu de place, donc, aux choses nouvelles. Berlin Est, quant à elle, figurait plutôt la dialectique du Corps sans Organe et du désir. Elle était en chantier permanent, nous laissant entrevoir tous les possibles de l’avenir sans pour autant que nous puissions en dessiner clairement les contours.

FiestAgora avec Gilles Deleuze (2/4)

Il est possible de se sentir dérouté par certaines œuvres, et cette sortie de route peut être accueillie comme une aventure ou comme un risque, comme une joie ou comme une crainte. Ne pas comprendre nous met face à deux voies : se laisser porter par une sorte d’hypnose, ou se sentir exclu… Pourtant, le but de l’œuvre n’est pas d’être comprise : “Dans mes ballets, il n’y a pas à comprendre » – nous dit Merce Cunningham.

FiestAgora avec Gilles Deleuze (1/4)

A ma connaissance, il n’y a que dans la mort et dans la danse contemporaine que le corps se laisse percevoir comme tel, dépouillé de l’ensemble de ses signes ; épuré, pourrait-on dire, au sens chimique du terme, de ce qui fait de lui un signe dès lors qu’il est vivant ou quotidien. Dépouille, autrement dit entièrement et totalement nu, monadique. JE, pour sa part, s’est absenté. De là, probablement, cette fascination métaphysique pour la danse contemporaine…

Kill Tirésias – Paola Stella Minni & Konstantinos Rizos | Compagnie Futur Immoral

A La Scierie, en plein festival d’Avignon, les prophéties de Tirésias prennent un sens tout particulier. “Notre maison brûle !” nous dit Tirésias… et rien ne sert de tuer le messager s’il a le pouvoir de prophétiser au-delà de sa mort.

Générations – battle of portraits Fabrice Ramalingom | Compagnie R.A.M.a

Le temps, ici, n’est ni linéaire ni cyclique : s’il existe un retour du même, c’est toujours sous une forme différente, selon une modalité nouvelle, doté d’un sens inédit. Entre ces deux hommes c’est donc la ressemblance, malgré les variations modales, qui saute aux yeux : une ressemblance sans simulitude qui permet la singularité. L’écriture de Fabrice Ramalingom explore tous les connecteurs relationnels à l’exception du “contre” : “Avec”, “Pour”, “En miroir”, etc.

Clôture du festival Montpellier Danse 42 – Réflexion sur la danse aujourd’hui

À “Qu’est-ce que la danse ?” se substitue alors la question “À quelle condition une œuvre joue-t’elle le rôle d’œuvre de danse ?” La question est de savoir, à la ville, à la campagne, à l’écran, à la scène ou à la salle, par les muscles, les os, la peau ou les neurones-miroirs, s’il est possible “d’habiter le monde en danseur”, un peu sur le modèle de la prescription faite par Martin Heidegger pour qui on devait “habiter le monde en poète”.

Le Cri et L’Onde de Nacera Belaza – Montpellier Danse 42

Il y a une explosion qui ne demande qu’à s’exprimer, mais qui manque de place, un cri situé au bord, et qui suspend le climax indéfiniment. Ascétique, il n’y aura pas d’assouvissement, pas de cri, pas de retombée, seulement le temps qui se dilate autour de cette ultime seconde, dialectique, entre le vide et le plein qui constituent le désir. Le plaisir, dès lors, se situe sur le fil tendu entre l’ascèse et le désir, entre la précision et l’abandon.

Empire of Flora, Michèle Murray – Montpellier Danse 42

Michèle Murray revendique l’héritage de Merce Cunningham auprès de qui elle s’est formée. La structuration géométrique du plateau, l’expression du visage et la modalité d’exécution sont les points les plus visibles de cet héritage. Il y a aussi, bien sûr, la liberté dans la contrainte et la rigueur comme moyen d’émancipation. Il y a, enfin, l’absence de thème : l’écriture chorégraphique prend son point de départ dans la relation entre le corps des danseurs et le plateau, et se construit par un processus génératif, combinatoire.