Sept Larmes pour Elisabeth – Aurélien Bory, Aure Wachter et Thibaut Garcia / Festival Montpellier Danse 46

Au Théâtre Jean-Claude Carrière, le directeur du Théâtre Garonne Aurélien Bory propose Sept Larmes pour Elisabeth, avec la danseuse et chorégraphe Aure Wachter et le guitariste Thibaut Garcia, fin connaisseur de la musique de John Dowland. Créée pour le Festival Montpellier Danse, Sept Larmes pour Elisabeth nous invite à explorer le motif de la mélancolie à travers la Renaissance et le baroque anglais.

IN THE BRAIN d’Hofesh Shechter – Festival Montpellier Danse 46

Lors d’Histoires de Danses, nous avons eu l’occasion de voir un extrait de la pièce. Dans l’intimité du studio Bagouet, les visages étaient visibles : 8 jeunes danseurs et danseuses que nous pouvions rencontrer, quasi un par un. Sous le ciel zébré d’éclairs de chaleur du Théâtre d’O, c’est l’ensemble que nous voyons, la force et la cohésion du groupe et la performance sportive de la pièce, dans une composition d’ensemble entre mouvements d’algues, banc de poissons, oiseaux de nuit, pop, funk et modern jazz.

Angélica Liddell – Seppuku. El Funeral de Mishima o el placer de morir

Pour cette 40ème édition, Angélica Liddell revient au Printemps des Comédiens avec Seppuku. El Funeral de Mishima o el placer de morir, pièce qu’elle dédie à Mishima et à cette citation : « je tombe amoureux de toutes les personnes qui meurent ». Elle présente ces funérailles comme « un éloge du suicide » et voit dans cette mort « l’expression d’un désir démesuré de vivre » comportant « une dimension esthétique brutale ». Seppuku est un poème d’adieu, nous dit Angélica Liddell, « un jisei no ku pour tous les suicidés, un transfert vers le corps de ce qui a toujours existé dans mon esprit, le désir de mourir. »

Musée Duras de Julien Gosselin au Printemps des Comédiens

Le Musée n’est pas seulement un lieu d’exposition, il est aussi un lieu de collection. Dans leur diversité d’époque, de forme, de genre, quelques détails qui auraient pu passer inaperçus se font motifs. Visiter Marguerite Duras aux côtés de Julien Gosselin, c’est bénéficier d’un éclairage, l’occasion de se dire que nous ne l’avions peut-être pas si bien lue, que nous devrions la relire, que nous n’avions pas mesuré ce qui était en germe dans certains textes, en queues de comète dans d’autres.

La Guerre n’a pas un visage de femme de Svetlana Alexievitch par Julie Deliquet au Printemps des Comédiens

A partir des témoignages de femmes soviétiques ayant fait la Seconde Guerre mondiale, que Svetlana Alexievitch (Prix Nobel de littérature 2015) a récoltés individuellement, Julie Deliquet propose une forme théâtrale dialoguée, qui met en jeu une situation fictive, celle où les témoins seraient réunies dans la même pièce, et prendraient la parole côte à côte, complétant leur récit, se répondant l’une l’autre, dans une discussion aux allures chorales. Neuf femmes sur le plateau témoignent de leur expérience de femmes engagées dans l’Armée rouge lors de la Seconde Guerre mondiale. Brancardières, infirmières, pilotes, tireuses d’élite…

Edelweiss [France Fascisme] de Sylvain Creuzevault / 13 vents CDN et Domaine d’O, Cité européenne du théâtre – Montpellier.

D’accusation en défense, d’hésitation en capitulation, et de délire en gouvernance politique, une dramaturgie de la délibération – argumentaires et documents – conduit la pièce. Histoire et Droit n’interrogent pas la morale, mais le fait. Et c’est cette difficile rigueur que Sylvain Creuzevault nous offre, et qui nous oblige à déplacer notre regard, à dépassionner notre intelligence, à affûter notre attention, à aguerrir notre vigilance. Car il y a une différence énorme, et pourtant souvent masquée, entre être face à une opinion, et être face aux faits.

Extra Life de Gisèle Vienne – Théâtre Jean-Claude Carrière / Domaine d’O

Que serait une écriture de la sidération, si ce n’est une aphasie, un silence, un détournement ? Quelle serait la brûlure qu’il faudrait s’infliger pour se sentir exister, encore, malgré le vol qui a été fait de nos corps ? …Nos vies… comme une lente et douloureuse paralysie du sommeil : ni mouvement, ni conscience… Dans Extra Life, Gisèle Vienne fait l’économie de la parole pour exprimer l’hébétude et la sidération…

Julien Gosselin, Extinction. D’après Thomas Bernhard et Arthur Schnitzler.

Julien Gosselin joue avec les mythes de l’Europe : il y a comme une nostalgie des apparences, des salons, des discussions littéraires, de la vitalité culturelle de la Vienne de ce début de XXème siècle. Et il y a cet arrière-goût d’apocalypse qui approche, de catastrophe imminente, d’empire déchu et de décadence. Il flotte dans l’air comme un relent du marquis de Sade. La lucidité des protagonistes réveille leur pulsion de mort, leur cruauté. Ielles portent, en ielles, les ferments de la destruction : la catastrophe est endogène. Il y a les costumes, les coiffes, l’argenterie. Il y a la classe bourgeoise et cultivée, il y a Freud, Mahler, Schönberg, l’alcool et la sexualité. Il y a quelque chose qui vomit, éjacule, pleure, parle, chie, saigne, déborde. Et des restes de ces excès, on s’en essuie le gland ou le coin de la bouche dans un joli mouchoir de soie. Il y a le fiel et la dentelle, le satin et le sang, l’odeur de la putréfaction sous la dorure des masques.