Un an après la naissance de l’Agora, Cité Internationale de la Danse, la nouvelle direction dévoile sa première saison complète et affirme une ambition qui dépasse la programmation : faire de la formation et de la transmission des axes structurants du projet. Avec BOOST, 11 jeunes artistes aux parcours chorégraphiques non académiques expérimentent pendant dix mois une autre manière d’entrer dans le métier, entre pratique, culture chorégraphique, création et professionnalisation.

En septembre 2025, la fusion du CCN – Centre Chorégraphique National de Montpellier Occitanie, imaginé par Dominique Bagouet et dirigé par Mathilde Monnier puis Christian Rizzo, et de Montpellier Danse, saison et festival, dirigé par Jean-Paul Montanari, donne naissance à l’Agora — Cité Internationale de la Danse. Sous la direction de Dominique Hervieu, Pierre Martinez, Jann Gallois et Hofesh Shechter, l’Agora est la première structure en France à réunir un centre chorégraphique, un festival, une saison, ainsi que des missions de formation, de production et de transmission.
Après le festival Montpellier Danse, première édition sous cette nouvelle direction, nous découvrons aujourd’hui la saison autant que l’ambition pédagogique de l’Agora, lors d’une conférence de presse qui s’est tenue à la salle Béjart, en présence de Dominique Hervieu, Pierre Martinez et Jann Gallois — directeurices de l’Agora, d’Emmanuel Hoog — Président du Conseil d’Administration de l’Agora, de Colas Valat représentant la Métropole, de Patrice Canayer représentant la région Occitanie, ainsi que d’Isabelle Giordano — Déléguée générale de la Fondation BNP Paribas et Responsable mécénat du Groupe.
Dans la salle Béjart, en ce mercredi pluvieux, Dominique Hervieu, Pierre Martinez et Jann Gallois nous ont présenté la nouvelle saison de l’Agora, ainsi que la première promo d’une formation inédite intitulée BOOST, construite pour impulser l’insertion professionnelle. Dans son introduction, Pierre Martinez évoque Hannah Arendt qui écrivait dans La Crise de la culture que « notre espoir réside toujours dans l’élément de nouveauté que chaque génération apporte avec elle ».

Notre espoir réside toujours dans l’élément de nouveauté que chaque génération apporte avec elle.
Hannah Arendt, « La crise de l’éducation », in La Crise de la culture.
BOOST
BOOST est une toute nouvelle formation de l’Agora, gratuite et diplômante, lancée pour la saison 2026-2027. Elle prend place aux côtés du Master EXERCE — basé essentiellement sur la recherche — et de la compagnie Shechter II — basée essentiellement sur l’interprétation. La particularité de BOOST ? S’adresser à des danseurs et danseuses techniquement solides, mais qui n’ont pas eu de parcours académique. Formé.e.s dans la rue, les battles, les clubs, les ballrooms, les stages ou les bals ; issu.e.s du hip-hop, du jazz, du flamenco, du cabaret, du voguing ou des danses traditionnelles, les 11 jeunes artistes chorégraphiques de BOOST, âgé.e.s de 18 à 25 ans, suivront un programme intensif de 10 mois, de septembre 2026 à l’été 2027. Le but ? Permettre à chacun.e de prendre la mesure de la force du vocabulaire chorégraphique qui constitue son bagage artistique et de l’exprimer par des propositions chorégraphiques. Il s’agit d’apprendre à « affiner ses choix et à renforcer son autonomie artistique », diront Dominique Hervieu et Pierre Martinez.
Quel est l’objectif de ces 10 mois ?
Affiner son identité artistique :
- Penser, concevoir, construire et parler de son profil artistique, de son projet professionnel et des enjeux esthétiques de sa danse.
- Comprendre et identifier le paysage chorégraphique dans lequel chaque danseureuse inscrit sa pratique.
- Appréhender en toute conscience les héritages et les filiations qui habitent chaque pratique chorégraphique.
Pour ce faire, la formation propose des cours d’histoire(s) et esthétique(s) des danses (et non DE LA danse), ainsi que des ateliers d’analyse d’œuvres autour de 15 spectacles de la saison. Il s’agit de se confronter à l’altérité chorégraphique pour trouver les espaces de frottement, de tension, de rencontre, de dialogue. L’analyse des pièces de la saison se complète par des séries de workshops animés par les artistes en question, offrant aux étudiant.e.s de vivre, par la pratique, des univers, des préoccupations et des méthodes différentes. Première artiste à ouvrir l’année : Katerina Andreou, dont on a pu voir le travail dans le cadre de la programmation du CCN (Lire ICI) comme dans celui du festival Montpellier Danse (Lire ICI).

Cette organisation pédagogique permet aux étudiant.e.s de passer de « je maîtrise ma danse » à « je comprends dans quelle histoire artistique et dans quel paysage culturel elle s’inscrit » ; de « je sais réaliser tel ou tel geste » à « je mesure ce qu’ils peuvent dire ». Cette prise de conscience de soi et des autres par l’enrichissement du regard et de la pratique artistique ne peut que démultiplier les possibles créatifs de chaque danseureuse et, par là même, de chaque danse.
Se professionnaliser
Le but de la formation est de permettre à chaque danseureuse de développer sa propre singularité artistique, d’approfondir sa créativité et son interprétation, ainsi que de concevoir et porter un projet personnel. La formation BOOST dispense donc également des enseignements et des accompagnements individualisés autour de tout ce qui concerne l’environnement professionnel : intermittence, administration, budget, dossier artistique, financements, relations avec les programmateurs, réseaux professionnels, communication, presse, etc.
Jann Gallois se souvient du début de sa carrière : « j’aurais aimé que l’on me dise certaines choses à ce moment-là : qu’on me dise comment marche le secteur professionnel, qu’on me donne quelques tips. » BOOST est également là pour combler ce vide.
La professionnalisation passe par la visibilisation. Plusieurs créations rythmeront l’année : des solos qui seront présentés en juin, des travaux communs avec les étudiant.e.s du Master EXERCE qui seront présentés en janvier, ainsi qu’une « création sur mesure » dirigée par Jann Gallois qui sera présentée en mai.


Les questions affluent dans la salle, dont celle de l’inquiétude face à l’avenir : « comment réussit-on à professionnaliser une jeunesse dans un secteur en crise ? » « Nous les accompagnons », répond Pierre Martinez, rappelant que ces jeunes sont « déjà là », déjà dansant.e.s, et doté.e.s d’une technique déjà solide : BOOST permet de les accompagner au mieux dans leur désir d’exercer la danse à un niveau professionnel.
La citation d’Hannah Arendt qu’il avait donnée en introduction résonne d’une couleur nouvelle : « Notre espoir réside toujours dans l’élément de nouveauté que chaque génération apporte avec elle ». Dominique Hervieu et Pierre Martinez s’inscrivent dans la lignée d’Arendt quant à l’attention qu’ils portent à l’autonomie des apprenant.e.s. « C’est à elles et eux qu’appartient l’avenir », précise Dominique Hervieu, car « c’est précisément parce que nous ne pouvons placer notre espoir qu’en lui que nous détruisons tout si nous essayons de canaliser cet élément nouveau pour que nous, les anciens, puissions décider de ce qu’il sera », prévient Hannah Arendt.
Accompagnement, confiance, autonomie, respect des singularités sont les piliers de cette formation, et c’est la raison pour laquelle BOOST est une formation inédite.
La saison 26/27
La rencontre s’est poursuivie par la présentation de la saison, que chacun et chacune pourra découvrir via le lien suivant : SAISON 26/27.

On peut y découvrir :
- les spectacles programmés, d’Israel Galván à Boris Charmatz en passant par Mathilde Monnier ou Anne Teresa De Keersmaeker ;
- les studios ouverts qui ont lieu certains jeudis. Gratuits sur réservation, ces studios ouverts nous permettent de rencontrer les artistes, leur manière de travailler, et de pouvoir échanger avec elles et eux ;
- trois samedis de l’Agora : ateliers, rencontres, propositions, Bar & food, etc. ;
- les ateliers et stages de danse, allant des pratiques du matin aux workshops en passant par les stages.
Ateliers, saisons, formation : l’Agora devient vivier de la danse, lieu de vie, de partage et de création. De la scène aux studios, des artistes confirmé.e.s aux jeunes danseureuses en devenir, de la programmation à la transmission, l’Agora souhaite ouvrir le lieu, les pratiques, les savoirs, les esthétiques et les regards.
La pluie continue de tomber, les lycéens continuent de manifester pour pouvoir étudier dans des conditions décentes. Hannah Arendt n’a jamais été aussi brûlante d’actualité.
Marie Reverdy
La formation BOOST bénéficie du soutien de la Fondation BNP Paribas, ainsi que de dispositifs publics liés au programme Miranda/France 2030 et de la Région Occitanie.
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C’est une belle idée, un poste intéressant qui me convient bien.
„Il ne s’agit pas d’apprendre à devenir quelqu’un d’autre, mais d’apprendre à comprendre ce qui est déjà présent dans sa propre pratique.
Pour un artiste autodidacte, c’est une réflexion remarquable. La formation académique ne serait alors pas la condition préalable à une position artistique légitime. La théorie, l’histoire de l’art et la réflexion viennent plutôt s’ajouter pour rendre une pratique déjà développée plus consciente, plus précise et plus autonome.
L’éducation artistique ne devrait pas consister à adapter la nouveauté à ce qui existe déjà. Elle devrait donner à la nouveauté les moyens de se comprendre elle-même et, ce faisant, de devenir autonome.“
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