Stop Calling Beirut du collectif Zoukak

Stop Calling Beirut, collectif Zoukak © Randa Mirza. Théâtre Jean Vilar et théâtre des 13 vents - CDN de Montpellier. SpinticA.fr

Dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026, le Théâtre des 13 vents accueille Stop Calling Beirut, du collectif Zoukak, sur le plateau du Théâtre Jean Vilar. La pièce évoque la mémoire collective de Beyrouth, marquée par la guerre civile libanaise et les transformations de la ville dans l’après-guerre. À travers la disparition de Ziad, les conflits armés et l’effacement progressif d’un Beyrouth associé aux souvenirs d’une génération, elle explore les blessures individuelles et collectives laissées par l’histoire.

Stop Calling Beirut, collectif Zoukak © Randa Mirza. Théâtre Jean Vilar et théâtre des 13 vents - CDN de Montpellier. SpinticA.fr
Stop Calling Beirut, collectif Zoukak © Randa Mirza

19h15. Les voitures de police, à la queue leu leu, font demi-tour sur la rue Jules-Ferry. Le trafic est perturbé, les tramways sont en retard. Nous roulons à deux à l’heure. Les joggeurs nous doublent, les camions de CRS nous croisent. Sur quelques murs, on peut lire : « Bismallah c’est les ténèbres ».

La pièce a commencé depuis cinq minutes, nous sommes six, nous entrons dans la salle discrètement. La première phrase que je peux lire sur le surtitrage est « ça s’éteint ». J’attrape l’histoire au vol. J’entends parler de Ziad, j’entends parler d’un mariage annulé, j’entends parler de debké. Dans une boîte en plexiglas, sous la pluie qui ruisselle le long de la vitre qui fait face à la salle, trois interprètes. Et sur l’écran du fond, un cheval bleu galopant comme l’écume : grand aplat de couleur vive pour un dessin presque naïf animé en stop-motion. 

Bruit d’eau et récit fragmentaire. Les interprètes se racontent des bouts de vie, des souvenirs légers, la vie quotidienne d’une enfance au Liban, avant d’évoquer le bruit des sirènes, des tirs et des bombardements, et l’omniprésence de la ligne de démarcation, appelée ligne verte, qui séparait Beyrouth-Est de Beyrouth-Ouest.

Sur le mur du fond, poissons, hippocampes ou marguerites se succèdent. À côté des récits de glace à la pistache et de livres de lecture, ceux des tensions, des destructions, des fractures, des décombres. Il existe une ville sous la ville, un Beyrouth enfoui, « disparu sous le béton illégal et les tours de verre », écrit Rana Najjar dans L’Orient-Le Jour

Dans ces bouts de vie, ces trous de mémoire, je comprends peu à peu qui est Ziad, le frère, le passionné, l’artiste engagé.

La pluie, la mer immobile comme de l’huile, la plage dans le lointain, la baignoire interdite pour économiser l’eau, la noyade. De motif en motif, d’anecdote en anecdote, de contradictions en précisions, bribe à bribe, le puzzle se compose : « c’est là que nous nous sommes noyés pour la première fois ». 

La mort du frère, la ville méconnaissable et la mémoire qui voudrait ne rien perdre. Les fantômes ne meurent pas, mais ils pourraient s’évanouir.

Marie Reverdy

Mise en scène : Lamia Abi Azar et Omar Abi Azar

Conception : Collectif Zoukak

Avec : Lamia Abi Azar, Junaid Sarieddeen, Maya Zbib

Animations : Maya Chami

Scénographie : Hussein Beydoun

Son et composition musicale : Carol Ohair

Lumières et direction technique : Antonella Rizk

Assistanat mise en scène : Jana Bou Matar

Dessins d’enfant : Alma Abi Azar

Chargé de production : Mohamad Hamdan

Production : Zoukak Theatre

Soutien : Fondation Drosos ; Fondation Boghossian ; SRT


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