Dans le cadre de la Sélection Suisse en Avignon, Bast Hippocrate présente le duo/duel d’une irrésistible étreinte à La Scierie. Entre attraction et abandon, deux corps traversent l’espace fragile de la rencontre charnelle. Bast Hippocrate et William Cardoso font de leur peau — ces Joyaux lourdement sous-estimés — un territoire ambigu : lieu du désir, seuil de l’autre, limite du moi.

Dans un dispositif quadrifrontal, au milieu d’une forêt d’yeux, sur une minuscule tournette qui oblige à une proxémie de bus bondés ou de boîte de nuit, Bast Hippocrate et William Cardoso se frôlent du corps mais pas du regard.
Dans ce sas de la rencontre, entre slow, lumières tamisées, et fumées protectrices contre les regards importuns, les corps s’équilibrent et chavirent, lentement. Arrive l’étreinte : les corps flirtent avec le fil qui sépare la force d’attraction et l’abandon de soi.
Les volutes, les mouvements et la musique racontent un état liquide — du désir qui coule et du corps qui fond. Les basses, comme le sang battant sur les tempes, ouvrent l’espace caverneux, ténébreux, quelque peu ombrageux, peut-être même obscur, que le désir recèle sous son aveuglante lumière. Et pourtant, comme l’écrivait Georges Bataille : « Ces corps mêlés, qui, se tordant et se pâmant, s’abîment dans des excès de volupté, vont à l’opposé de la mort ».

Un rayon lumineux qui serpente, ondule, tranche l’espace autour d’eux, scanne leur étreinte et cisaille leurs corps. Les voici à présent au milieu des volutes blanches : sperme, nuage, Voie lactée.
Jusqu’à présent, la tournette était podium, écrin, socle, pour une proposition oscillant entre danse, performance, installation, statuaire baroque. La rupture, l’envolée, l’explosion du mouvement et des corps, arrivent dès que le pied entre en contact avec le plateau. Les corps jetés ou lâchés, tombent à présent dans un bruit sourd : celui du dos contre le sol ou du torse contre le torse.
Dans le mouvement d’un pendule de Foucault, oscillant entre conquête et abandon, entre défi, duel, jeu et défaite, Bast Hippocrate et William Cardoso se tiennent, s’empoignent, se heurtent, se consument.

Le corps est une infranchissable frontière, rocailleuse, dont la liquidité n’était qu’illusion du désir et déception de la jouissance. La peau, en tant que confins du moi et début de l’horizon, est le seuil, le bord de scène, le bout du monde, la lisière du réel — impossible à franchir. Vaine lutte. Passion d’un soir, petite mort, fin de nuit, triste aurore, sortie de scène : « to be continued » nous dit, projetée sur le sol, la lumière des cintres, à moins que ce ne soit celle du ciel.
Marie Reverdy
Direction artistique Bast Hippocrate
Avec William Cardoso, Bast Hippocrate
Lumière Tiki Bordin
Musique et design sonore Golce Kummer
Ingénieur son et designer speakers Thibault Villard
Costumes Zoé Marmier
Dramaturgie Sélima Chibout
Regards extérieurs David Weishaar, Mélissa Guex
Consultation éditoriale Noémi Schaub
Bijoux Capucine Jewelry
Production Compagnie Bast Hippocrate
Coproduction TPR – Théâtre Populaire Romand, La Chaux-de-Fonds, ADN-Danse Neuchâtel, Arsenic – Centre d’art scénique contemporain, Lausanne
Soutiens Ville de la Chaux-de-Fonds, Canton de Neuchâtel, Fondation Ernst Göhner, Fondation BCN, Casino de Neuchâtel, Loterie Romande
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