Vivarium envisage le regard comme acte chorégraphique. Du signal biologique aux paysages artificiels, du corps aux étoiles, et de la biosphère à la technosphère, Bérengère Fournier et Samuel Faccioli composent une archéologie du regard. Sur le plateau, les images se constellent de références, entre pulsations lumineuses, métamorphoses animales et vertiges cosmiques.

L’œil peine à s’habituer au noir, pourtant, c’est la nuit totale à chaque fois qu’il cligne : le monde apparaît et disparaît sans cesse, à chaque battement de cil. En allongeant un peu le temps des alternances en guise de prologue, on s’aperçoit combien la vision humaine est stroboscopique, jusqu’à ce que la lumière s’installe.
Sur un plateau éclairé en contre, par deux rails de néons qui semblent s’étendre indéfiniment, Bérengère Fournier se met progressivement en mouvement, avant que son corps ne s’embrase et ne parte en fumée.
Au clignotement succède ensuite le balayement de la lumière, comme une porte coulissante s’ouvrant de cour à jardin, sur l’obscurité, au rythme d’un électrocardiogramme.
Le noir du fond de scène fait écran, mais derrière l’écran, il y a tout un monde vivant qui remonte jusqu’aux couches fondamentales de notre cerveau, jusqu’au reptilien. Mémoire du temps déposé dans la conscience, le tracé ECG devient arête de verre d’un vivarium tropical. La gestuelle de Bérengère Fournier se fait moins saccadée et emprunte aux varans, aux félins, aux primates, aux insectes.

Notre œil s’enfonce dans le plan, vers cette jungle qui fait fond, horizon, condition du visible.
Dans la lenteur de ce vivarium, la vitesse du tableau précédent nous apparaît soudainement comme anormale, symptôme d’une modernité malade. En effet, comme l’a analysé Paul Virilio, l’accélération n’est pas seulement une question de rythme : elle transforme notre manière d’habiter le monde et d’en percevoir les formes. Vivarium fait éprouver ce que la vitesse nous empêche de voir : nous nous sommes rendus étrangers à notre propre monde.

Le temps finit par disparaître, la jungle se disperse dans un élan d’évaporation, comme un envol de lucioles. Le plateau se dépouille, la forêt s’assèche dans la blancheur désertique d’une tempête de neige.
La dernière image, la plus cinématographique, se construit avec toutes celles qui peuplent notre rétine ; celles du troisième type, de la quatrième dimension, de la vie extraterrestre. Bérengère Fournier s’éloigne, nous aveuglant de rayons, silhouette marquée par le contre-jour d’un au-delà, corps devenu lumière.

Au terme de cette traversée, les frontières entre organisme, corps-machine et paysages se dissolvent. La pièce s’achève dans un état de suspension, lorsque les formes disparaissent mais que leurs traces demeurent. Du battement biologique au souffle cosmique, Vivarium laisse apparaître une continuité entre ce qui nous compose et ce que nous contemplons : Biosphère, Cosmos, Technosphère.
Marie Reverdy
Conception et chorégraphie Bérengère Fournier & Samuel Faccioli
Avec Bérengère Fournier
Conception lumière et technologies créatives Jéronimo Roe & Jeff Desboeufs
Conception numérique Adrien Mondot
Musique Julien Lepreux
Régie générale Laurent Bazire
Régie lumière Laurent Bazire & Elise Lebargy
Régie vidéo et réseau Antoine Tubau & Samuel Faccioli
Production & administration Nelly Vial
Chargée production/ diffusion Léa Monchal
Chargé diffusion et du développement Jérôme Lauprêtre
Costume La Vouivre
Conception et réalisation de la coiffe Manon Surat
Distribution & mentions
Production La Vouivre
Co-productions Le Théâtre des Collines / Ville d’Annecy (74) | Le Théâtre de Cusset – Scène conventionnée Art et Création (03) | LUX, scène nationale de Valence (26) Soutiens et accueils en résidence Boom’Structur – CDCN en préfiguration à Clermont-Ferrand (63) | Le Théâtre de Cusset – Scène conventionnée Art et Création (03) | Le Théâtre des Collines / Ville d’Annecy (74) | Le Toboggan à Décines-Charpieu (69) | Théâtre de l’Arsenal à Val de Reuil – scène conventionnée d’intérêt national « art et création pour la danse » (27) | Centre des arts d’Enghien-les-Bains, Scène. Conventionnée Arts et Création (95) | La Coloc’ de la Culture / Ville de Cournon- d’Auvergne, Scène conventionnée d’intérêt national – art, enfance, jeunesse (63) La Vouivre est conventionnée par le Ministère de la Culture et de la Communication / DRAC Auvergne Rhône-Alpes et bénéficie du label régional « Compagnie Auvergne Rhône Alpes »

Signer la pétition ICI
En savoir plus sur
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
