Le Complexe des Homards, de Catherine Dreyfus – Festival Avignon OFF / La Scierie

Le Complexe des Homards, Catherine Dreyfus  © Christophe Raynaud de Lage

Pourquoi les homards peuvent-ils nous aider à comprendre l’adolescence ? En s’appuyant sur cette métaphore empruntée à Françoise Dolto, Le Complexe des Homards met en scène le moment où l’on quitte peu à peu son enfance sans savoir encore quel adulte on deviendra. Avec ce spectacle, Catherine Dreyfus et la compagnie ACT2 donnent à voir l’adolescence comme une mue, entre fragilité, désir d’émancipation et invention de soi.

Je me souviens très bien de mon adolescence. La mienne, d’adolescence, est terminée depuis longtemps, tandis que la tienne va bientôt arriver, peut-être même a-t-elle déjà commencé. 

L’adolescence, c’est un mot qui vient du latin et qui veut dire « qui grandit, qui se développe ». L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) considère que l’adolescence va de 10 à 19 ans. Selon les époques, les pays ou les cultures, cette limite peut changer. Mais même si on n’est pas toujours d’accord sur l’âge de l’adolescence, ce qui est sûr, c’est qu’on définit l’adolescence comme une transition, une étape intermédiaire. 

L’adolescence et la mue

Je me souviens que dans cette période, ce n’était pas facile de changer aussi vite. Je me souviens, aussi, que ce n’était pas facile de parler AVEC ses parents, parfois parce que ce n’était pas facile de parler POUR les parents.

Le Complexe des Homards, Catherine Dreyfus  © Christophe Raynaud de Lage
Le Complexe des Homards, Catherine Dreyfus  © Christophe Raynaud de Lage

Je me souviens avoir trouvé un jour, sur mon lit, un livre intitulé Le Complexe du Homard. Il avait été écrit par une dame qui s’appelait Françoise Dolto. Dès le début du livre, elle expliquait ce que la pièce de la compagnie ACT2 reprend : les homards possèdent un exosquelette (exo-, c’est un préfixe qui veut dire « à l’extérieur »). C’est un peu comme une peau-squelette, une sorte d’armure qui protège les homards et les tient tout entiers. À un moment donné de leur vie, lorsqu’ils grandissent pour atteindre leur taille adulte, cette « peau-squelette » devient trop petite pour eux. Même si ça les tétanise, les homards veulent quand même se débarrasser de cette peau qui les oppresse : ils veulent qu’on les laisse grandir.

Ce moment pendant lequel les homards quittent leur peau d’enfant pour une peau d’adulte s’appelle la « mue ». C’est un mot que tu connais probablement car on l’emploie, également, pour parler de la voix des garçons quand elle devient grave.

Le Complexe des Homards, Catherine Dreyfus  © Christophe Raynaud de Lage
Le Complexe des Homards, Catherine Dreyfus  © Christophe Raynaud de Lage

Pendant la mue, les homards sont très fragiles : d’un côté, ils sont plus grands et plus gros que lorsqu’ils étaient enfants, mais de l’autre, ils sont plus exposés aux dangers car ils n’ont plus la protection de leur « peau-squelette ». Je crois que c’est une belle définition de l’adolescence : être grande ou grand d’une part, tout en étant en attente d’une peau solide comme une armure d’autre part. Alors c’est l’habit, parfois, qui vient remplacer la peau.

L’exosquelette, la peau, l’habit

Au début de la pièce, les deux interprètes-homards se ressemblent. Il y a une fille et un garçon mais aucune différence entre elle et lui : ils sont habillés exactement pareil, jean bleu et tee-shirt blanc. Tous deux dansent au sol, de manière un peu drôle, un peu désarticulée, un peu « cartoon ».

Puis, dans une scénographie sur roulettes qui tourne sur elle-même et représente l’intimité de leur chambre, les deux interprètes se regardent dans le miroir et choisissent de nouveaux habits, véritables métaphores de la peau-squelette, étendard de leur identité : celle que l’on construit plus ou moins artificiellement, plus ou moins ostentatoirement.

Le Complexe des Homards, Catherine Dreyfus  © Romain Lalire
Le Complexe des Homards, Catherine Dreyfus  © Romain Lalire

Cet habit-peau fonctionne comme un écran, au double sens du terme, c’est-à-dire qui couvre, cache et protège (comme dans le mot « écran total »), mais qui permet aussi d’accueillir les images les plus fantasmagoriques (comme l’écran de cinéma). 

À ce moment, tu le remarqueras sûrement, les danses se font debout. Tu pourras reconnaître des danses que tu as vues dans des clips, non pas comme on les fait dans les clips, mais comme on les fait toute seule ou tout seul dans sa chambre, devant son miroir. 

Le Complexe des Homards, Catherine Dreyfus  © Romain Lalire
Le Complexe des Homards, Catherine Dreyfus  © Romain Lalire

Les mouvements des corps singularisent les deux interprètes, leur permettant de se distinguer l’un de l’autre. Ils ne se ressemblent plus à présent, ni par leur habit, ni par leur danse. 

De l’habit écran à l’écran de téléphone, tu t’en doutes, il n’y a qu’un pas, et c’est celui qui nous fait passer de l’autre côté du miroir, où on choisit son filtre, sa pose, son effet.

Il y a aussi un adulte, sur le plateau, et on ne sait pas vraiment qui il est : Parent ? Allégorie ? Cyberprédateur ? Il est un peu drôle, un peu paumé, un peu inquiétant. Voyant invisible, les deux interprètes ne le regardent jamais, ne s’adressent jamais à lui : on dirait qu’ils ne le voient même pas. Il affirme que son métier consiste à « pêcher des homards ». C’est avec un filet qu’il les « attrape » (brrrr, la phrase me fait froid dans le dos). À la fin de la pièce, dès que les homards qu’il avait pêchés lui échappent « il lui en faut deux autres » dira-t-il (brrrr, la phrase me fait vraiment froid dans le dos). 

Le Complexe des Homards, Catherine Dreyfus  © Christophe Raynaud de Lage
Le Complexe des Homards, Catherine Dreyfus  © Christophe Raynaud de Lage

On ne saura pas qui est cet adulte, mais pour pouvoir parler des éventuels dangers des réseaux et d’Internet avec tes parents ou autre adulte de confiance, la compagnie te donne des documents de la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés), manière d’apprendre à ne pas tomber dans les filets de certains pêcheurs de homards.

Marie Reverdy

Chorégraphie : Catherine Dreyfus

Dramaturgie : Noémie Schreiber

Interprétation : Robin Fabre Elissalde, Gianluca Girolami, Federica Miani

Scénographie : Romain Lalire 

Création lumières: Aurore Beck

Musique : François Caffenne 

Costumigraphie : Noé Quilichini

Régie de tournée : Milan Dubau

Construction décor : Frank Oettgen / Chaabane Mesbah

Construction lumière : Olivier Merlet

Équipe pédagogique : Catherine Dreyfus / Kristine Groutsch / Noémie  Schreiber / Jennifer Elbaz / Marco Vermeil / Lorena Lisembard / Cécile Perret

Production compagnie ACT2

Coproductions Tinta’mars, Escales Danse, Scènes & Territoires.

Soutiens  CCN – Ballet de Lorraine – accueil studio 2023/2024 – Cité Musicale – Metz, Equilibre-Nuithonie (Suisse), le Conservatoire Municipal Jacques Ibert – Paris 19è, le Centre des Arts – Enghien-les-Bains, l’Espace Germinal – Fosses, l’Espace culturel Lucien Jean de Marly-la-Ville, l’Etoile du nord – Paris.

Ce spectacle a bénéficié de la mise à disposition de studio au CND Centre national de la danse.

Avec le soutien de l’ADAMI et de la SPEDIDAM.

La Compagnie ACT2 est conventionnée par la DRAC Grand-Est et la Région Grand-Est, elle est soutenue régulièrement par l’Agence Culturelle Grand-Est, la Ville de Mulhouse, la Caisse des Dépôts (soutien au mécénat).


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