Bilan de la 44ème édition du Festival Montpellier Danse

Le festival Montpellier Danse se termine. Une journée qui a débuté par la conférence de presse faisant état du Bilan du festival. Pas moins de 17 créations ont été montrées au public, une augmentation de la fréquentation qui souligne l’attachement du public montpelliérain à la danse contemporaine. La matinée s’est poursuivie par l’inauguration du pavillon ouest de l’Agora, d’une surface totale de 265 m², repensé pour accueillir une salle d’exposition, un studio de danse, et un bureau.

Ce vendredi matin dans la salle Béjart comme au pavillon ouest, il a été question des œuvres, de celles qui remplissent le Corum, et de celles qui, plus modestes ou “confidentielles” mais tout aussi fondamentales, ont fait la force de cette 44ème édition : Arkadi Zaides, Daina Ashbee, Abdel Monom Ellalami, Armin Hokmi, ou Sorour Darabi. Il a été question, également, de choix politique, celui d’accueillir les artistes.

Le front ombrageux de notre triste période et son lot de violence nous fait ouvrir les bras, plus chaleureusement, et plus urgemment. Michaël Delafosse insiste sur ce constat, qu’il avait déjà évoqué lors de l’ouverture du festival, celui de la généralisation des violences faites aux corps. La violence faite aux femmes dans les régimes iraniens ou afghans, les violences homophobes et transphobes, la violence des guerres, la destruction des corps, bombardements, chars, invasion, viol, torture… Montpellier est “un petit point sur la carte”, certes, mais elle peut ouvrir les bras et affirmer, par la présence de l’Agora en son centre, qu’ici les corps sont libres d’être et de danser, qu’ici “nous faisons le choix politique de protéger la liberté des corps”.

Montpellier Danse a toujours défendu les artistes venu.e.s du monde entier. Alors, ici, s’écrit une partie de l’histoire artistique de l’Iran, car c’est ici que les artistes iranien.ne.s peuvent créer. Armin Hokmi reprendra le fil de l’histoire de l’art iranien, cosmopolite, par la mémoire, sédimentée dans les corps, du Festival des Arts de Shiraz ; Sorour Darabi ira puiser aux sources d’une culture iranienne plus ancienne, plus ancestrale, plus fondamentale, aujourd’hui occultée par le régime islamique.

Arkadi Zaides évoquera une autre forme de violence faite aux corps, celle de l’explosion du réacteur 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Le tribunal de l’histoire, l’impossible réparation, la mémoire, l’enfance, le témoignage.

Il y a aussi la violence intérieure, plus sourde, celle de la dépression et du désir de mourir évoquée par Daina Ashbee.

La danse est une braise et l’Agora son foyer…

La danse est une forme de résistance, à un tout autre endroit que celui du discours, en-deçà et au-delà du verbe. Alors, quand le mot s’invite, il relève de l’écrit et a des allures de geste traçant la page ou l’écran, chez Arkadi Zaides ; il relève de l’oralité et se manifeste comme une vibration des cordes vocales, une résonance du corps, une sorte de proto-langage, chez Daina Ashbee. Le mot est un abord, un contour, dans la mouvance des titres qui éclairent l’objet sans en être le résumé. Ainsi Armin Hokmi pose son objet chorégraphique dans un écrin de récit. L’Histoire du Festival de Shiraz s’invite dans les conférences de presse, dans les programmes, dans les feuilles de salle, soulignant le trou de mémoire consciente, sur le plateau, faisant des corps dansant l’équivalent d’une braise couvant sous la cendre, dont on sait qu’elle a la force de redevenir flamme.

We Learned A Lot At Our Own Funeral, Daina Ashbee © Laurent Philippe / The Cloud, Arkadi Zaides © Giuseppe-Follacchio / Shiraz © Armin Hokmi

Danses iraniennes, canadiennes, africaines, ukrainiennes, états-uniennes, européennes… Montpellier Danse est un rendez-vous international. Depuis qu’on sait, avec Mauss, à quel point les contours de l’acte même de marcher sont dessinés par un ancrage profondément social et culturel, on se dit que l’acte de danser désigne un endroit parfait où comprendre que l’universalité de l’art n’est en rien comparable avec la globalisation de la culture.

La journée, et le festival, se termine, à l’Opéra Comédie, par trois pièces de Merce Cunningham données par le CCN-Ballet de Lorraine, CRWDSPCR (1993), RainForest (1968) et Sounddance (1975).

Marie Reverdy


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2 commentaires sur « Bilan de la 44ème édition du Festival Montpellier Danse »

  1. C’était un beau voyage dans le monde de la danse ! Merci beaucoup pour les merveilleux aperçus que vous avez partagés dans vos rapports. Et quelle belle conclusion: …on se dit que l’acte de danser désigne un endroit parfait où comprendre que l’universalité de l’art n’est en rien comparable avec la globalisation de la culture. Merci pour cela Madame Marie Reverdy

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