T’Façon on est en 2012 de Loraine Dambermont aux Hivernales – Avignon OFF 2026

T'façon on est en 2012 - Loraine Dambermont © Margot Briand

Avec T’Façon on est en 2012, Loraine Dambermont puise dans le « Clash des Lopez », phénomène viral des réseaux sociaux, pour ausculter les ressorts d’une violence érigée en spectacle. Entre rire et inquiétude, la pièce transforme les provocations numériques d’une guerre de clans en une satire physique de la virilité et de ses fantasmes héroïques.

T'façon on est en 2012 - Loraine Dambermont © Margot Briand
T’façon on est en 2012 – Loraine Dambermont © Margot Briand

T’Façon on est en 2012 est le second volet d’une trilogie intitulée Mes années bagarre, consacrée à la valorisation de la violence : celle qui est coquettement érigée en étendard d’une virilité héroïque, celle qui se porte comme un signe de courage, une preuve de bravoure, une affirmation d’une identité authentiquement masculine. 

C’est sur les réseaux sociaux que Loraine Dambermont est allée puiser son inspiration documentaire, à partir du « Clash des Lopez ». On se souvient de ces déclarations de guerre, ces appels au combat, que les divers clans Lopez, un peu partout sur le territoire national, se lançaient par vidéos interposées, postées sur les réseaux. Un florilège d’insultes misogynes et homophobes fleurissait au milieu d’un parterre d’outrages aux morts « la calotte de ses morts ! », « le sang de ses morts ! », « le cercueil de ses morts ! », « le bâtard de ses morts ! », etc. Tout nous semblait un peu ridicule et nous avait même fait sourire, notamment lorsque Cyprien, youtubeur humoriste, en avait fait un sketch qui avait généré plus de 34 millions de vues.

S’il est difficile de remonter jusqu’à la cause du clash, nous pouvons néanmoins situer son point de départ : David Lopez de La Nièvre publie une première vidéo en 2012, contre son cousin Djo Lopez qui réside à Clermont-Ferrand. C’est dans cette vidéo que réside la clef du titre de la pièce de Loraine Dambermont : « T’façon on est en 2012, bientôt c’est la fin du monde, vous allez payer, vous inquiétez pas ! » hurle David Lopez, face caméra.

Les vidéos YouTube s’étaient alors enchaînées dans un ping-pong à effet boule de neige : les Lopez se filmaient en bandes (Lopez du 58 VS Lopez du 63), torses nus, fusil aux bras serré contre la poitrine. Armes étreintes pour violence chérie.

Neg Lopez de Châteauroux, totalement extérieur à l’embrouille, s’y était mis avec ses fils : les Lopez du 36. 

T'façon on est en 2012 - Loraine Dambermont © Margot Briand
T’façon on est en 2012 – Loraine Dambermont © Margot Briand

Sur une bande-son construite par le montage des insultes, défis et provocations, dans un rythme effréné fait de chevauchement de phrases, les trois interprètes — Loraine Dambermont, Maxime Cozic et Jacob Börlin — déploient une danse précise, dont la virtuosité nerveuse et acrobatique concourt à l’hyperbole du corps en pleine explosion de colère.

Le travail de lumière fait osciller le plateau entre le drôle et l’inquiétant, entre le clash derrière les écrans et la confrontation physique. Jacob Börlin fait siffler une chaîne de vélo tournoyant autour de lui, frappant parfois le sol. Le réel fait irruption en passant par l’oreille.

Le rire jaunit et quitte les rivages de la moquerie pour révéler le dérisoire autant que le monstrueux, le grotesque autant que la boursoufflure idéologique. Les trois interprètes empruntent la voie de la satire et apparaissent comme des chiens enragés, creusant leur propre tombe au sein de leur cage étroite, avant de reprendre le combat sans qu’aucune porte de sortie ne se laisse envisager.

La deuxième partie bascule dans la dérision et maintient l’hyperbole de la violence — très théâtralisée mais tout aussi physique — en mettant en scène un coach zélé, enchaînant les démonstrations de sa prouesse sur des élèves passifs et blasés : narcissisme exacerbé pour une scène jubilatoire. 

Par ce deuxième volet, Loraine Dambermont signe une pièce dont les axes chorégraphiques et dramaturgiques s’emportent l’un l’autre. On le voit autant qu’on l’entend : la bagarre est un art de la mise en scène de soi, composé de signes d’une violence arborée et apprêtée, devenue emblème social de virilité.

Marie Reverdy

Chorégraphe Loraine Dambermont

Interprètes Loraine Dambermont, Maxime Cozic, Jacob Börlin

Création musicale Loraine Dambermont avec la participation de Alain Deval

Direction technique et création lumière Gaspar Schelck

Régie (en alternance) Adèle Evans / Gaspar Schelck

Création costumes Catherine Somers

Réalisation costumes Catherine Somers et les Ateliers du Théâtre de Liège

Typographie & vidéo Sam Bodson

Traduction surtitres EN John Porter

Regard extérieur et aide à la dramaturgie Fabien Philippe Marie

Photographies Margot Briand

Captation vidéo Guillaume Simonin – Shadow film

Développement, communication et diffusion BLOOM Project – Stéphanie Barboteau / Ilona Gatard

Production Lodbmt

Production déléguée BLOOM Project 

Coproduction et accueils en résidence Le Théâtre de Liège, Charleroi danse – Centre Chorégraphique de Wallonie-Bruxelles, Les Brigittines, Les Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis, Le Gymnase – CDCN Roubaix Hauts-de-France, Pôle-Sud   – CDCN Strasbourg, ICK Artist Space d’Amsterdam, Le BAMP – Bruxelles, De Grote Post – Ostende, Le Théâtre de Suresnes Jean Vilar, Le Grand Studio – Bruxelles, La Coop asbl et Shelter Prod

Avec l’aide de  La  Fédération Wallonie-Bruxelles – Service de la Danse

Avec le soutien de Taxshelter.be, ING, Tax shelter du gouvernement fédéral belge, de la COCOF, de WBI et de WBTD, Théâtre des Doms et Wallonie-Bruxelles International – En partenariat avec Les Hivernales – CDCN d’Avignon

Ce spectacle a été créé en octobre 2025 au Théâtre de Liège dans le cadre de la Biennale de Charleroi danse.


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