Growing Piece de Madeleine Fournier aux Hivernales – 80e Festival d’Avignon

GROWING PIECE - Madeleine Fournier et Julien Desailly / Hivernales © Christophe Raynaud de Lage/ Festival d’Avignon

Sur le plateau des Hivernales, Madeleine Fournier propose Growing Piece. Accompagnée de Julien Desailly, elle poursuit son exploration des puissances du vivant en faisant du corps dansant un lieu de métamorphose. Entre mythe des Héliades et souffle de la kaba gaïda, la chorégraphe compose une pastorale où les pleurs deviennent matière de transformation vers un devenir-végétal.

GROWING PIECE - Madeleine Fournier et Julien Desailly / Hivernales © Christophe Raynaud de Lage/ Festival d’Avignon
GROWING PIECE – Madeleine Fournier et Julien Desailly / Hivernales © Christophe Raynaud de Lage/ Festival d’Avignon
Les larmes

Dans Labourer (Lire ICI), créée en 2018, Madeleine Fournier diffusait un film scientifique et expérimental intitulé « la croissance des végétaux » qui montrait le mouvement de la vie des plantes. En cette 80e édition du festival d’Avignon, sur le plateau des Hivernales, Madeleine Fournier explore la métamorphose végétale par le mouvement du corps et les affects qui leur sont associés : l’héliotropisme pour la joie, le gravitropisme pour la tristesse. Madeleine Fournier propose, avec Growing Piece, une pastorale. Elle partage le plateau avec Julien Desailly — avec qui elle avait déjà collaboré dans Labourer — qui déploie une musique minimaliste et répétitive à la kaba gaïda, cornemuse originaire des Balkans dont le timbre s’apparente à la voix humaine, et plus particulièrement aux pleurs. 

GROWING PIECE - Madeleine Fournier et Julien Desailly / Hivernales © Christophe Raynaud de Lage/ Festival d’Avignon
GROWING PIECE – Madeleine Fournier et Julien Desailly / Hivernales © Christophe Raynaud de Lage/ Festival d’Avignon

Ces pleurs, nous les retrouvons dans le mythe des Héliades, qui sert de fil dramaturgique à la pièce, dont les séquences narratives sont très identifiables.

Les Héliades sont les filles d’Hélios, dieu du Soleil. Leur frère Phaèton (Φαέθων signifie Le Brillant) avait un jour emprunté le char du Soleil, en avait perdu le contrôle, embrasant ainsi le ciel et la terre. Zeus l’avait alors foudroyé. Apprenant la mort de leur frère, les Héliades avaient entamé un deuil dont elles étaient restées inconsolables ; elles avaient alors été changées en peupliers, arbres cousins du saule pleureur.

GROWING PIECE - Madeleine Fournier et Julien Desailly / Hivernales © Christophe Raynaud de Lage/ Festival d’Avignon
GROWING PIECE – Madeleine Fournier et Julien Desailly / Hivernales © Christophe Raynaud de Lage/ Festival d’Avignon
Les fleurs et les peupliers

Dans Growing Piece, Madeleine Fournier prend le mythe à rebrousse-poil : l’épisode des pleurs est traité de manière burlesque et la métamorphose végétale n’est plus une punition mais une émancipation. Le devenir-plante commence, en effet, par un dépouillement, un effeuillage de son identité humaine.

Devenir-peuplier, ce n’est pas seulement vivre une transition d’un état à un autre : c’est « une sensibilité spéciale au fait que le peuplier ne vient jamais seul, mais qu’il traîne toujours, de façon plus ou moins explicite, une ripisylve avec lui » (Deleuze et Guattari). Un solo pour une ripisylve, c’est un gros plan sur les effets du vent, le mouvement des saisons : celles des deuils, de la vie sociale, de la sève, de l’évaporation de l’eau ou des larmes.

Ces changements d’états imposent des seuils, dont la forme architecturale la plus nette est celle de la porte, faite ici de fleurs, comme un décor en pop-up géant ouvert sur une page d’un livre dédié aux Héliades, signé par Andrea Baglione.

GROWING PIECE - Madeleine Fournier et Julien Desailly / Hivernales © Christophe Raynaud de Lage/ Festival d’Avignon
GROWING PIECE – Madeleine Fournier et Julien Desailly / Hivernales © Christophe Raynaud de Lage/ Festival d’Avignon
Le 1 % culturel

Avignon 2026 est marqué par la canicule et par la mobilisation du secteur culturel face aux coupes budgétaires drastiques qui fragilisent le spectacle vivant. Le début de la pièce évoquait le bois de sureau avec lequel on fabrique le bourdon et le chalumeau de la kaba gaïda. Je repense alors aux anches d’aulos, dont la fabrication avait nourri un artisanat florissant en Béotie antique, avant que l’usage de l’instrument (jugé trop dionysiaque) ne disparaisse de l’éducation des citoyens grecs, contribuant ainsi à la disparition de tout un écosystème culturel. On est alors au Ve siècle avant J.-C. — “le début de la décadence européenne”, comme disait Nietzsche.

Alors, à la fin de Growing Piece comme à la fin de toutes les autres pièces lors de cette 80e édition du festival, une partie du temps habituellement dédié aux applaudissements est consacrée à l’information sur la pétition pour le 1% culturel.

Signer la pétition ICI

Marie Reverdy

Avec Madeleine Fournier et Julien Desailly

Chorégraphie Madeleine Fournier 
Musique Julien Desailly  
Scénographie Andrea Baglione  
Création lumière Andréa Baglione, Nicolas Marie 
Assistant chorégraphique Jérôme Andrieu 
Costumes Lou Thonet 
Regard extérieur Sonia Garcia, Ruth Childs, Catherine Hershey, Anne Lenglet 
Régie générale Jeanne Laffargue 
Régie son Vincent Domenet  
Administration, production, diffusion bureau Retors Particulier  
Production Chloé Béasse 
Administration Nolwenn Mornet 
Développement et diffusion Margot Quénéhervé 
Attachée de presse Flore Guiraud

Production ODETTA 
Coproduction La place de la danse CDCN de Toulouse, La Manufacture CDCN Nouvelle-Aquitaine Bordeaux et La Rochelle, L’Atelier de Paris CDCN, Le Pacifique CDCN Grenoble Aura 
Coréalisation Festival d’Avignon, Les Hivernales CDCN d’Avignon   

Soutien L’Essieu du Batut (Murols), le CN D Pantin, Honolulu Nantes, Théâtre de la Bastille (Paris) 
Résidences La Pop (Paris) 
La compagnie ODETTA est soutenue par la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Île-de-France. 
Ce projet a été financé par la Région Île-de-France. 

© Christophe Raynaud de Lage/ Festival d’Avignon


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