Après moi, le déluge – (La)Horde au festival Montpellier Danse 46

Parmi les références issues de la pop culture, on peut reconnaître plusieurs films, séries, jeux vidéo, dont Metro 2033 de Dmitry Glukhovsky adapté en jeu vidéo par 4A Games, entre communautés humaines et menaces mutantes, qui met en scène un monde dévasté par une guerre nucléaire et dont les derniers survivants trouvent refuge dans les tunnels sombres du métro de Moscou. Nous pourrions également citer le très classique C.H.U.D. de Douglas Cheek, qui met en scène des humanoïdes mutants réduits à vivre dans les égouts de New York après une contamination toxique. Difficile de ne pas penser à la série Futurama de Matt Groening, qui met en scène une population de mutants humains rejetés par la société de la surface, condamnée à vivre dans les égouts de New New York. Peut-être y a-t-il aussi un peu de Nightbreed de Clive Barker, dans lequel des créatures humanoïdes vivent cachées dans la cité souterraine de Midian. Enfin, la référence aux zombies évoque le très beau jeu The Last of Us de Naughty Dog. Pour la figure gémellaire qui s’invite au bain, dont les longues chevelures masquent les visages, on pourrait citer Genesis 6, 6-7 créée il y a dix ans par Angélica Liddell, dont le titre issu du chapitre 6, versets 6 et 7 de la Genèse évoque le Déluge.

Pour cette 46e édition, le festival accueille, pour la première fois, le collectif (la)Horde – Ballet national de Marseille, pour Après moi, le déluge en création mondiale.

Après moi, le déluge - (La)Horde - Festival Montpellier Danse 46 © G.Astier Perret
Après moi, le déluge – (La)Horde – Festival Montpellier Danse 46 © G.Astier Perret

Le titre Après moi, le déluge est évocateur : on y lit, bien sûr, le déluge biblique. C’est aussi une phrase que Madame de Pompadour aurait prononcée en 1757 après la défaite française à la bataillede Rossbach pendant la Guerre de Sept Ans. Dostoïevski, enfin, voyait dans ces quatre mots la meilleure expression d’une inconséquence typiquement française.

Démesure, hubris, hybridation, etc. 

Après moi, le déluge travaille l’exubérance. La pièce s’ouvre par la projection, sur l’écran géant en fond de scène, des visages souriants des danseureuses de (la)Horde, dans une danse sens dessus dessous. Polysémie de ce sourire alternant entre insouciance, jeu collectif, et carrément cringe.

Le plateau s’incline, laissant entrevoir un trou dans le sol, entre bouche d’égout et faille dans le bitume après un tremblement de terre ou un bombardement. Dans cette esthétique du film d’horreur post-apocalyptique, une inquiétante société vit dans les profondeurs. Le sol se lève entièrement, un étrange bain antique apparaît, légèrement « styx », ouvrant sur une scène flirtant avec le cannibalisme.

Après moi, le déluge - (La)Horde - Festival Montpellier Danse 46 © G.Astier Perret
Après moi, le déluge – (La)Horde – Festival Montpellier Danse 46 © G.Astier Perret

La pièce, entre communautés humaines et menaces mutantes, se construit par accumulation de références issues de la pop culture vidées, posées là, et dont on peine à comprendre l’organisation scripturale et la structuration dramaturgique.

Une dramaturgie du sample, du collage, de la citation

Parmi les références visuelles issues de la pop culture, on peut reconnaître plusieurs films, séries, jeux vidéo, dont Metro 2033 de Dmitry Glukhovsky adapté en jeu vidéo par 4A Games, qui met en scène un monde dévasté par une guerre nucléaire et dont les derniers survivants trouvent refuge dans les tunnels sombres du métro de Moscou. Nous pourrions également citer le très classique C.H.U.D. de Douglas Cheek, qui met en scène des humanoïdes mutants réduits à vivre dans les égouts de New York après une contamination toxique. Difficile de ne pas penser à la série Futurama de Matt Groening, qui met en scène une population de mutants humains rejetés par la société de la surface, condamnée à vivre dans les égouts de New New York. Peut-être y a-t-il aussi un peu de Nightbreed de Clive Barker, dans lequel des créatures humanoïdes vivent cachées dans la cité souterraine de Midian. Enfin, la référence aux zombies évoque le très beau jeu The Last of Us de Naughty Dog.

Pour la figure gémellaire qui s’invite au bain, dont les longues chevelures masquent les visages, on pourrait citer Genesis 6, 6-7 créée il y a dix ans par Angélica Liddell, dont le titre issu du chapitre 6, versets 6 et 7 de la Genèse évoque le Déluge. 

Après moi, le déluge - (La)Horde - Festival Montpellier Danse 46 © G.Astier Perret
Après moi, le déluge – (La)Horde – Festival Montpellier Danse 46 © G.Astier Perret

La musique signée par Pierre Avia fourmille, elle aussi, de références : une référence « Philip Glass » diffusée en reverse ouvre la pièce, tandis que le célèbre morceau Chop Suey! de System of a Down remixé, re-remixé et re-re-remixé version techno hardcore oublie de faire entendre cette phrase pourtant centrale dans la version originale : « Trust in my SELF-RIGHTEOUS suicide ».

Face à cette juxtaposition de références visuelles et musicales, je cherche l’écriture chorégraphique. L’écran géant, la fumée, le sol qui se soulève, l’eau qui tombe des cintres font diversion. 

Post-apocalypse, S.-F., Alain Damasio en « regard extérieur »… Le titre Après moi, le déluge sonne comme un programme : quel est le prix et l’empreinte carbone de ce décor et de son transport ? Je me dis que Dostoïevski a terriblement raison de parler d’inconséquence à la française. Je me dis aussi qu’il manquait cruellement cette phrase de System of a Down : « Trust in my SELF-RIGHTEOUS suicide ».

Marie Reverdy

Conception, mise en scène : (LA)HORDE — Marine Brutti, Jonathan Debrouwer, Arthur Harel
Chorégraphie : (LA)HORDE en collaboration avec les danseur·euses et les répétiteur·ices du Ballet national de Marseille
Assistante artistique : Nadia El Hakim
Collaborateurices artistiques chorégraphie : Valentina Pace, Jacquelyn Elder, Angel Martinez Hernandez, Julien Monty
Regard extérieur : Alain Damasio
Scénographie : Julien Peissel en collaboration avec (LA)HORDE
Ingénierie : Hervé Cherblanc
Conseillers techniques scénographie : Rémi d’Apolito, Julien Parra, Sébastien Mathé
Coordination artistique : Nadia El Hakim
Musique originale : Pierre Aviat
Création lumière : Eric Wurtz en collaboration avec Gaspard Juan
Conception costumes : Salomé Poloudenny en collaboration avec (LA)HORDE
Réalisation costumes : Studio Salomé Poloudenny
Cheffe d’atelier : Sandra Pomponio
Assistante costumes : Agathe Palthey
Construction décor : les ateliers de la Comédie de Genève, Sud Side les ateliers spectaculaires/Marseille
Constructeurs de la Comédie de Genève : Yannick Bouchex, Hugo Bertrand, Balthazar Boisseau, Janju Bozon, Wondimu Bussy. Remerciements à : Yves Frohle et Pierre Olympieff
Peintres-sculpteur·ice·s : Osman El Hakim, Myriam Valet, Sandrine Boutin, Soliman El Hakim
Peintre du tapis : Cristian Zurita
Réalisation coque caméra : Marius Perraud
Visuel d’arrière-plan : Felix Keslassy
Atelier SFX : CLSFX Atelier 69
Spatialisation sonore : Mélodie Souquet
Réalisation perruques : Camille de Mena
Coordination d’intimité : Julie De Bohan – ICIE
Conseil acrobatique : Nin Khelifa
Coaching vocal : Melody Louledjian
Avec les danseur·euses du Ballet national de Marseille
Distribution : Isaia Badaoui, Arno Brys, Isla Clarke, Titouan Crozier, Nathan Gombert, Jonatan Myhre Jørgensen, Dana Pajarillaga, Kevin Pajarillaga, Layne Paradis Willis, Gabriella Sibeko, Eden Solomon, Elena Valls Garcia, Luca Völkel
Remerciements aux équipes permanentes et intermittentes du Ballet national de Marseille.
Production : Ballet national de Marseille
Coproduction : La Comédie de Genève,
Théâtre de la Ville-Paris – Chaillot Théâtre national de la Danse, Charleroi Danse, centre chorégraphique de Wallonie-Bruxelles (Belgique), Sadler’s Wells Londres (Royaume-Uni), Agora, Cité Internationale de la Danse | Montpellier Danse + CCN Occitanie, Festspielhaus St.Pölten (Autriche), Maison de la Danse de Lyon, La Comédie de Clermont-Ferrand, scène nationale, Théâtre de Lorient, Centre dramatique national, TAP Scène nationale de Grand Poitiers, Internationaal Theater Amsterdam, Théâtre des Salins Scène nationale de Martigues, International Summerfestival Kampnagel Hambourg (Allemagne), Teatro Municipal do Porto (Portugal), Madrid en Danza, Mercat des les Flors (Espagne)
Avec le soutien de Dance Reflections by Van Cleef & Arpels et d’ASICS
Accueils en résidence : Théâtre des Salins – Scène nationale de Martigues. Avec le soutien de Lieux Publics – CNAREP (Centre national des arts de la rue et de l’espace public) & Pôle européen de production.
Le CCN Ballet national de Marseille – direction (LA)HORDE reçoit le soutien du Ministère de la Culture / Direction générale de la création artistique, de la DRAC Paca, de la Ville de Marseille.


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