Good Luck d’Amit Noy – Festival Montpellier Danse

Good Luck, Amit Noy © Simon Courchel. Festival Montpellier Danse. A lire sur SpinticA.fr

Pour ce 45ème festival, Amit Noy présente, au théâtre du Hangar, un solo intitulé GoodLuck, titre qu’il choisit suite à un travail scolaire qui consistait à faire écrire à des enfants d’une classe de primaire, une lettre adressée à Anne Franck, et sur l’une desquelles on pouvait lire “Good Luck for the Shoah”. Sondant la mémoire consciente et inconsciente du peuple juif, de l’état-nation d’Israël, de la névrose et de la paranoïa, GoodLuck explore les figures de la cruauté et examine “les processus somatiques de discipline, de perpétration et de culpabilité”.

Good Luck, Amit Noy © Simon Courchel. Festival Montpellier Danse. A lire sur SpinticA.fr
Good Luck, Amit Noy © Simon Courchel

Lors de sa conférence de presse, Amit Noy abordait la question de l’identité : “Venir de quelque part” ne signifie pas “être de là”. Le nomadisme culturel, les identités fluides, l’habitat transitoire, offre à Amit Noy une pluralité d’influences, celles de la postmoderne danse américaine comme celles des danses d’Hawaï et de Nouvelle-Zélande où il a grandi.

Pour Good Luck, Amit Noy “désintègre la danse folklorique”, son rythme régulier, la discipline des corps, la répétition des mouvements. Il ne s’agit pas tant, pour Amit Noy, de “déconstruire” que de “désintégrer” cet héritage, car “le terme “déconstruire”, dit-il lors de la conférence de presse, “est devenu très académique, tandis que le terme “désintégrer” est bien plus physique”. La danse folklorique, pour Amit Noy, cristallise les histoires nationales. C’est à partir de leurs affleurements à la surface du corps dansant qu’il explore les intimités, les héritages, les identités.

Au beau milieu de la nuit, nous sommes rentrés chez vous, fusil à la main

La pièce débute dans l’immobilité d’une chambre froide ou d’un désert de glace. En fond de scène, une couverture de survie recouvre entièrement le corps allongé d’Amit Noy. A cour, une table d’autopsie semble attendre son moment. Un texte défile sur le mur du fond, au son d’un tambour naissant : “Au beau milieu de la nuit, nous sommes rentrés chez vous, fusil à la main.” Le texte avance, de menace en menace – “Nous chantons à votre perte, ne sachant plus pleurer” – avant de reboucler, comme un refrain.

Sorti de la couverture comme une naissance, Amit Noy esquisse quelques pas qui vont s’intensifier jusqu’à trouver leur propre tempo, ample et rapide.

Nous chantons à votre perte ne sachant plus pleurer

Entre pas issus du folklore, histoire des gestes politiques et exécution militaire, Amit Noy épuise la forme avant de se dévêtir et d’aller chercher, à l’intérieur de la couche qui l’habille, deux gants bleus brillants, comme sortis “des fondements”.

Lumière, reflets, costumes et accessoires, diffusent une alternance froide de blanc et de bleu qui rappelle les couleurs du drapeau israélien.

Danse cruelle et grotesque évoquant la sensualité, le texte indique à présent un entrelacs de désir et de domination, échangé dans un fil de discussion d’un site de rencontre : “je veux que tu me déshumanises”.

Un quartier de viande aux creux des bras, bercé comme un enfant, et une brique de lait qui explose entre ses cuisses, Amit Noy verse, dans la plus grande transgression des lois du kashrout, le lait sur la viande. “Tu ne mangeras pas l’agneau avec le lait de sa mère”, indique en effet la Torah, faisant de toute forme de contact entre aliments lactés et aliments carnés un interdit formel.

Amit Noy désintègre la loi et convoque, à travers cette image, l’actionnisme viennois, mouvement artistique né comme pour exorciser les sédiments politiques et culturels déposés au cœur de l’Autriche, hérités de l’austrofascisme et de la nazification du pays depuis l’Anschluss jusqu’à la fin de la guerre.

Je veux que tu me déshumanises

La viande gît au sol dans le lait, la lumière conduit notre regard en fond de scène, Amit Noy est à présent à quatre pattes sur la table de dissection. NOIR. Sans pouvoir envisager la fin.

Marie Reverdy

Chorégraphie, interprétation, texte, costume, conception visuelle : Amit Noy / Assistant à la mise en scène : Holly Vallis / Création sonore : Samir Kennedy / Création lumière : Zeynep Kepekli / Régisseur lumière : Anaïs De Freitas Da Silva / Régisseur audiovisuel : Romain Gauchais / Conseiller dramaturgique : Karthika Naïr / Regard extérieur : Miguel Gutierrez / Production : Marie Lhotellier / Administration : Emmanuelle Taccard

Production : Compagnie Sumac / Coproduction : Festival Montpellier Danse 2025, CCN-Ballet national de Marseille “accueil studio” / Ministère de la Culture, Théâtre de la Ville—Paris / Résidence : KLAP Maison pour la Danse, SCENE44 / Avec le soutien de : DRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur (aide à la création), Creative New Zealand, Festival Parallèle


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3 commentaires sur « Good Luck d’Amit Noy – Festival Montpellier Danse »

      1. Je passe toute ma vie professionnelle à travailler comme peintre dans un théâtre à trois disciplines en Allemagne et je m’intéresse entre autres à la chorégraphie. Vos reportages sur la France sont pour moi une véritable source d’enrichissement.

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