Les Oiseaux de Lenio Kaklea – Festival Montpellier Danse

Lenio Kaklea, Les Oiseaux © MarikEl lahana. Festival Montpellier Danse. A lire sur SpinticA.fr

Pour cette 45ème édition du festival, Lenio Kaklea présente sa pièce Les Oiseaux au théâtre de La Vignette. Créée à Montpellier Danse, la pièce déploie une composition chorégraphique complexe, alternant soli et mouvements de groupe, et interroge les différents envols, du corps emporté par la danse au bourdonnement du drone, et du trapèze aux portés.

Lenio Kaklea, Les Oiseaux © MarikEl lahana. Festival Montpellier Danse. A lire sur SpinticA.fr
Lenio Kaklea, Les Oiseaux © MarikEl lahana

Il y a, chez Lenio Kaklea, le projet d’un regard anthropologique sur l’ornithologie. Citant Habiter en Oiseaux de Vinciane Despret, Lenio Kaklea cherche, dans la figure de l’oiseau, à comprendre la figure humaine, et s’empare de la question écologique par le prisme de la disparition des chants d’oiseaux, tel que Rachel Carson, dans son manifeste Printemps silencieux, l’avait déjà constatée en 1962.

L’environnement sonore est réalisé par Éric Yvelin à partir d’enregistrements prélevés dans des colonies de plusieurs milliers d’oiseaux, et qui font partie de la base de données du laboratoire de bioacoustique du CNRS que Thierry Aubin a mis à disposition de la compagnie. Teintée par des tonalités qui font écho aux années 80, la bande-son laisse une large place au silence, sur de longues étendues, qui alternent avec un travail complexe de superposition et spatialisation sonore.

La pièce donne à voir une corporéité d’oiseau et aborde, par ce prisme indirect, la violence écocide comme violence résiduelle, ou motrice, de toutes les autres formes de violences et de domination. Dès lors, la réponse ancestrale, et politique, va puiser aux racines du théâtre antique, chez Aristophane et sa pièce Les Oiseaux. Cette comédie est une sorte d’utopie politique qui propose de remplacer Athènes, corrompue et en proie à la guerre, par un monde nouveau dans lequel les dieux de l’Olympe seraient destitués au profit des oiseaux. Délaissés par les humains, les dieux ne sont plus nourris par les sacrifices rituels. Bien sûr, il faut autant se prémunir des humains cupides que des dieux affamés, et la pièce se termine par la victoire des oiseaux.

Pour concevoir les costumes, Olivier Mulin puise, entre autres, dans les images qui figure la pièce sur les vases antiques, représentant les comédiens habillés en oiseaux, épaules recouvertes de plumes, masques et postures du corps. Sur le plateau, les 7 danseureuses nous regardent de biais, saccadent les mouvements de leurs bras, ou de leurs jambes, se meuvent par à-coups, à l’instar du mouvement des oiseaux lorsqu’ils sont au sol. Et puis la pièce s’envole en de longs moments collectifs, nuées complexes, murmurations à la précision mathématique. Face à ce peuple ailé, Aristophane propose un duo de vieillards formé par Évelpidès et Pisthétaïros. Lenio Kaklea proposera quant à elle, au cœur de la pièce, un duo dansé dans le silence, entre deux jeunes hommes, fait de portés, d’élégance et de douceur.

Lenio Kaklea, Les Oiseaux © Laurent Philippe. Festival Montpellier Danse. A lire sur SpinticA.fr
Lenio Kaklea, Les Oiseaux © Laurent Philippe

Un premier appel du ciel se fait sentir, celui du trapèze descendant des cintres, et dont le grincement fait écho, dans le silence du plateau, à l’écoute que nous portons au bruit des pas des danseureuses ou de leur souffle. Seul en scène, perché au-dessus d’un plateau vide, un lent solo libère le corps de la pesanteur.

Sur l’écran qui servait, jusque-là, de ciel, ces quelques phrases extraites de Guerrières de Monique Wittig :

LES OISEAUX DE JAIS IMMOBILES

LES ARMES COUCHÉES AU SOLEIL

LE SON DES VOIX CHANTANTES

Et même s’il n’apparaît pas sur l’écran, nous savons que le texte de Monique Wittig se poursuit par :

LES MORTES LES MORTES LES MORTES

Un drone arrive sur le plateau, avec la menace de son bourdonnement et de sa caméra de surveillance, filmant chacun, et chacune, depuis le ciel. Les corps et les visages, en gros plan, sont projetés en fond de scène. Évitement, curiosité, crainte, harcèlement, cible, ou jeu, esquissent les relations entre les danseureuses et le drone, machine ornithomorphe, aussi inquiète qu’inquiétante. Mettant fin à son vol en un simple mouvement de main, la pièce de Lenio Kaklea, tout comme celle d’Aristophane, s’achève sur la victoire des oiseaux.

Marie Reverdy

Chorégraphie et mise en scène : Lenio Kaklea / Performance et recherche chorégraphique : Nefeli Asteriou, Liza Baliasnaja, Amanda Barrio Charmelo, Luisa Heilbron, Louis Nam Le Van Ho, Dimitri Mytilinaios, Jaeger Wilkinson / Texte : Lou Forster d’après Les Guérilleres de Monique Wittig et Les chimères de Gérard de Nerval / Composition sonore et direction technique : Éric Yvelin / Scénographie : Clio Boboti / Lumières : Jean-Marc Ségalen / Costumes : Olivier Mulin / Assistante scénographe : Angeliki Vassilopoulou-Kampitsi / Réalisation décor : Angeliki Baltsaki / Interlocuteur scientifique : Thierry Aubin, Directeur de la Bioacoustique au CNRS, Université Paris-Saclay / Instructrice trapèze : Christina Sougioultzi / Administration et production : Olivier Poujol / Diffusion : Fanny Virelizier

Production : abd / Coproduction : Biennale de Charleroi Danse/Centre chorégraphique de Wallonie et de Bruxelles (BE), MOCA Los Angeles (US), Le festival d’automne (FR), CCN/Ballet de Lorraine (FR), Théâtre de la Vignette/Scène Conventionnée (FR), NEXT Festival (BE), CCN/Ballet National de Marseille (FR).

La compagnie abd reçoit l’aide aux conventionnement à deux ans par la DRAC/Île de France, ainsi que le soutien de la Consultation 2025 de la Convention Institut français-Ville de Paris. / Avec le soutien pour la mise à disposition des studios du Festival Montpellier Danse, du CDCN/Atelier de Paris et du Carreau du Temple.


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2 commentaires sur « Les Oiseaux de Lenio Kaklea – Festival Montpellier Danse »

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