Pour sa pièce New Sketches of Spain créée au festival Montpellier Danse, dans la cour de l’Agora, le corps expressif, rythmique, percussif, d’Israel Galván rencontre le jazz, sa pulsation et ses langueurs. A ses côtés, Michael Leonhart, trompettiste new-yorkais, joue en live, avec une formation de 6 musiciens, un set inspiré de l’album Sketches of Spain de Miles Davis et Gil Evans.
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Sketches of Spain, c’est le titre de l’album que Miles Davis et Gil Evans avaient enregistré à New-York, en 1960. Pour ce New Sketches of Spain, Israel Galván partage le plateau avec Michael Leonhart et six musiciens. Musique jazz aux accents arabo-andalous, concerto d’Aranjuez, trompette bouchée, flûte traversière basse, profondeur du violoncelle, violon, piano, clarinette et percussions, dialoguent avec la danse d’Israël Galván. Divisée en 5 mouvements, la musique suit la structure de l’album original et s’ouvre sur une reprise du concerto d’Aranjuez.

Le rythme flamenco, le son des cuivres, la chaleur de la nuit sous le ciel de l’Agora, la blancheur des murs du couvent des ursulines et les lumières chaudes qui embrasent le fond de scène depuis le sol, nous transportent dans la cour des Myrtes de l’Alhambra, autant que dans le Columbia’s 30th Street Studio, dit The Church, ancienne église presbytérienne devenue le plus célèbre studio d’enregistrement du Manhattan des années 60. Stravinsky, qui a également interpelé Israel Galván (Lire ICI) ou Miles Davis, sont passés par ce studio.
Un dialogue musical se fait, lentement, entre Israel Galván et Michael Leonhart, jaugeant d’abord le tempo, le timbre, les axes mélodiques, guidant peu à peu les mouvements d’Israel Galván : de l’écoute à la danse, de jardin à cour, des talons jusqu’au bout des doigts. Les éventails du public de Montpellier Danse s’agitent, s’arrêtent, reprennent, au rythme des brises, des courants d’air, des sections mélodiques, des déconstructions jazziques. Et comme toujours, parce qu’il écoute et se charge de la musique qui le traverse, Israel Galván déploie, dans un second temps, toute la puissance, la grâce et l’expression de sa danse si particulière, suspendant la salle au moindre de ses gestes.

Si aujourd’hui il ne viendrait à l’idée de personne de dire que la musique de Miles Davis n’est pas assez jazzy, ou que la danse d’Israel Galván n’est pas assez flamenco, ils ont l’un comme l’autre essuyé, par le passé, quelques critiques formulées par la veine puriste. Sketches of Spain est un album très écrit, laissant peu de place à l’improvisation, ce qui a été reproché à Miles Davis. On dit que Miles Davis aurait rétorqué, à ceux qui lui disaient que son album trahissait l’esprit du jazz, « It’s music, and I like it ». Poursuivant le dialogue, 65 ans plus tard, Israel Galván abonde dans son sens et rajoute “La vérité, c’est que c’est la musique qui me fait danser”.
Marie Reverdy
Chorégraphie et danse : Israel Galván
Musique interprétée en direct : Michael Leonhart – trompette, Frei Addison – wood et piano, Antonio Leofreddi – viola, Gilberto Tarocco – clarinette et clarinette basse, Carlo Nicita – flûte, Mattia Boschi – violoncelle, Daniel Freedman – percussion / Arrangement et orchestration : Michael Leonhart / Musique inspirée de Miles Davis et Gil Evans Sketches of Spain / Production musicale : Alberto Fabris / Son : William Novati / Pedro León / Éclairage : Francesco Trambaioli / Alessandro Lazzarini
Production : IGalvan Company et Ponderosa Music & Art / Coproduction : Festival Montpellier Danse 2025
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