Comment Dire..? Submersion Games de Bryan Campbell à ICI-CCN – par les étudiant.e.s du DPEA Architecture et Scénographie de l’ENSAM

Nous avions déjà proposé, dans le cadre du programme européen Life Long Burning – funded by the European Union as part of the Europe Creative programme, un podcast autour de la présence à ICI-CCN de Madeleine Fournier. Aujourd’hui, c’est avec les étudiant.e.s du DPEA « Architecture et Scénographie » de l’ENSAM (École Nationale Supérieure d’Architecture de Montpellier) que nous avons suivi le parcours de Bryan Campbell, en portant notre attention sur sa prochaine création Submersion Games. À l’issue de la sortie de résidence qui a eu lieu lors de la soirée TOPO du 28 novembre, les étudiant.e.s ont installé la “table des matières” dans le hall d’ICI-CCN en proposant des pistes de réflexions scénographiques. Nous proposons ici un article, des vidéos, des visuels, et un podcast pour rendre compte de la richesse du travail des étudiant.e.s et de leur rencontre avec Bryan Campbell.

Les étudiant.e.s du DPEA « Architecture et Scénographie » de l’ENSAM ont suivi le parcours dédié à Bryan Campbell, et ont dessiné au fil des divers rendez-vous, comme on prend des notes, leurs idées, leurs réflexions, leurs pensées. Ielles ont proposé des projets, des esquisses, des rêveries, des détails, des plans, afin de mieux cerner les nœuds dramaturgiques congruents aux cordes de l’Essex, navire baleinier qui inspira Herman Melville pour Moby Dick. Bien sûr, notre réception n’est pas neutre, car nous sommes baigné.e.s dans l’actualité de 2024 et Paul Watson a habité cette semaine avec nous : navire, prison, cordes, barreaux, blanc des os, des cheveux et de la neige. La polysémie des signes proposée par Bryan Campbell s’est enrichie de ce sens souterrain, véritable fondation sur laquelle a reposé notre rétine de spectateurice, comme en attestent, par exemple, ces croquis de Julie Marey.

Un podcast

Les rencontres, les sources d’inspiration, les échanges et quelques jets d’écriture sont rassemblés dans un podcast. On peut y entendre Bryan Campbell lors des différentes rendez-vous, ainsi que Paul Watson, dont l’interview réalisée en prison par Hugo Clément pour Vakita s’est présentée, par la brûlure de l’actualité, comme une source précieuse d’inspiration. L’interview est disponible sur le site de Vakita.

On peut également y entendre, en plus des résonnances de l’actualité, quelques sources historiques. Submersion Games s’adosse au roman Moby Dick d’Herman Melville, lui-même inspiré de la véritable histoire de l’Essex que nous avons souhaitée relater.

Pour le reste, il s’agit, tout comme une sortie de résidence, d’ouvrir ses brouillons.

Romain You qui, comme Bryan Campbell, pratique la flûte traversière, a travaillé à la relation musicale entre la flûte traversière et le chant de la baleine, intégrée dans le montage sonore de ce petit podcast qui documente quelques-uns de nos échanges. Romain présente son travail sonore ainsi, suite à l’information que Lisa Quilliou nous avait partagée, d’une baleine qui aurait une tessiture anormalement basse : “La baleine 52Hz n’entend pas et n’est pas entendue par ses congénères qui chantent entre 12 et 25 Hz. Elle est la baleine la plus seule au monde. En réponse à sa plainte aquatique, un chant aérien, au motif inversé.” L’audio est disponible sur le podcast.

Enfin, et conformément aux références à Jonas sur lesquelles Rita Babojian a arrêté son attention, une proposition d’entrelacs énonciatifs – entre la prière de Jonas et celle de la baleine, et entre le témoignage de Paul Watson et celui d’Owen Chase – a écrit quelques lignes qui sont lus dans le podcast, comme une piste littéraire d’exploration de dispositifs spatiaux pour la scénographie (ventre de la baleine, bateau, prison).

Discussions, Reflexions, Inspirations, Essais – Autour de Submersion Games de Bryan Campbell,
par les étudiant.e.s du DPEA Architecture et Scnographie de l’ENSAM

La table des matières

Submersion Games en est à ses tout débuts. Alors, bien sûr, ça cherche, ça propose, ça fait des hypothèses, ça revient sur ses pas, ça bute, ça brouillonne, ça essaie, ça se ravise, ça tourne autour du pot. C’est dans cet interstice d’un travail inachevé que nous avons inachevé le nôtre, brainstormant sur le brainstorm, faisant des hypothèses sur les hypothèses et des brouillons sur des brouillons. La table des matières d’ICI-CCN, telle que nous l’avons investie, raconte, à sa manière, ce premier jet. Plusieurs défis ont présidé à l’exercice de sa mise en place :

Un exercice de temps

Né de la prise de note au format dessin, rapide, en temps réel, parfois dans l’obscurité du studio Bagouet. La rapidité d’exécution confère au dessin la qualité de trace d’un moment et d’un geste. À en croire Romain You, Rita Babojian, Emy Chabert, Lisa Quilliou ou encore Clara Bouisset, “assister à un spectacle crayon en main, modifie le regard”. C’est le cas de Romain, dont les dessins et croquis, pris sur le vif pendant la soirée TOPO, se lisent de page en page comme une véritable partition sensible, suivant le fil de son expérience de spectateur.

Certains mots, prononcés par Bryan Campbell lors de la soirée TOPO, ont été particulièrement marquants, notamment celui de bifrontalité, associé à celui de polysémie. Les dessins de Carla, ou ceux de Lisa, effectués le lendemain à la faveur d’une nuit, ont pris le temps de laisser se déposer, sur la mémoire, l’expérience de la soirée TOPO et révèlent la saillance de ces deux points esthétiques cardinaux.

Un exercice démocratique

13 étudiant.e.s qui se connaissent peu et/ou qui n’ont pas forcément les mêmes aspirations doivent proposer un projet commun à l’intérieur duquel personne ne doit se sentir lésé. Une règle a donc été matricielle des décisions que nous devions prendre : aucune proposition d’aucun.e étudiant.e ne pourra être écartée. L’exercice de mise en vitrine consiste donc à faire tout rentrer : des croquis petit format, comme ceux de Rita Babodjian, à la longue épaisseur d’une corde apportée par Coline Beltrando.

En effet, dans un véritable élan de projet commun, certain.e.s étudiant.e.s ont modifié leur proposition initiale afin de mieux s’intégrer à la facture d’ensemble. C’est le cas de Coline, qui avait travaillé à une proposition d’installation de la table à partir de cordes qu’elle imaginait, initialement, suspendues.

Le projet de Coline a changé pour épouser celui du groupe, laissant la corde se déposer comme matière, support, sculpture.

Les cordes apportées par Coline, ou encore la maquette réalisée par Cassandre Lecqoc, Roya Mansar et Salsabil Ben Barek ne devaient pas, par leur taille, étouffer le reste. Les étudiant.e.s ont donc travaillé à créer un mouvement que le regard pourrait suivre dans un dispositif pensé pour soutenir les dessins réalisés en petit format.

Ce travail commun a généré des réajustements pour certains projets, et des inspirations pour d’autres projets. Ainsi, Emma Colombier a souhaité prolonger le travail de la maquette que Roya, Cassandre et Salsabil avaient réalisée, en y intégrant un jeu d’ombres d’une part, et en proposant une réflexion sur le gradinage d’autre part.

Un exercice de lieu

Les étudiant.e.s ont abordé la mise en vitrine sous l’angle de la muséographie, mais il fallait, ici, la penser pour un espace autre que l’espace muséal. Le hall du CCN est un lieu intermédiaire, on y trouve la billetterie, un accès au studio, les toilettes, un bar, etc. C’est un lieu dont la fonction détermine le mouvement des corps, les flux, les rythmes. C’est avec cette conscience, et une analyse du lieu et de son occupation, que la vitrine a été pensée : offrir une vue d’ensemble aux personnes qui se dirigent vers la billetterie, attirer le regard, permettre une plongée dans le détail des dessins, être un objet que l’on peut appréhender de loin, ou de près, en vue latérale ou du dessus, embrassé dans l’ensemble ou dans les détails. C’est donc avant tout une courbe de la rencontre avec l’œil, du mouvement du regard, du déplacement des corps attentifs, qui ont été écrits pour structurer la disposition des différentes propositions.

Au-delà et en-deçà de la table des matières

Il y a, bien sûr, ce qui échappe au dessin ou à la vitrine, notamment la musique, si centrale chez Bryan Campbell, ainsi qu’une vidéo pensée comme élément scénographique à projeter sur l’écran disposé dans la maquette. Cet écran vient clore l’espace pour éviter que le dispositif bi-frontal ne s’apparente à un couloir ou à un podium. Le film présenté ici explore, en plus de la question de l’écran, la question de la profondeur par l’appel à la verticalité. Filmé au téléphone pour un essai, l’image est un peu sombre.

Les étudiant.e.s ont prêté leur dos à la projection de Cassandre. Dans cette vidéo, la relation entre “érotisme et domination”, évoquée par Bryan Campbell, juxtapose la chair des poissons et celle du corps humain, la chair réelle et la métaphore du pain. Délectation et violence du gourmet, consommation de corps vivants et morts, déchirure de la peau, découpe, carne, sang, viande…

Il y a la parole qui réfléchit à vue, le croquis qui jette une idée sur le papier, et il y a le travail long et minutieux, malgré le caractère inachevé de ce qui est présenté ici, de Salsabil sculptant, entre ses doigts, un à un, les os de baleine qui joncheront le sol de la maquette.

Il arrive parfois que le hasard nous offre quelques allures d’happy end. Nous sommes donc particulièrement heureu.x.se.s d’avoir appris la libération de Paul Watson le jour même de la finalisation de la table des matières de Submersion Games.

Marie Reverdy et les étudiant.e.s du DPEA « Architecture et Scénographie » de l’ENSAM : Rita BABOJIAN, Coline BELTRANDO, Salsabil BEN BAREK, Carla BOUISSET, Maryline CATHERINE, Emy CHABERT, Emma COLOMBIER, Cassandre LECOCQ, Roya MANSAR, Julie MAREY, Lisa QUILLIOU, Nathalie SCHNEIDER, Romain YOU.

Un merci particulièrement chaleureux à Matthieu Butts pour sa présence et son aide

Submersion Games

Conception Bryan Campbell / Interprétation Bryan Campbell et Olivier Normand / Composition sonore Aria de la Celle / Lumière Bruno Faucher / Assistance / dramaturgique Léa Rivière / Production déléguée Météores / Administration, production Charlotte Giteau / Développement, diffusion Anaïs Guilleminot

​​Coproductions et résidences : CDCN Chorège Falaise Normandie ; Kunstencentrum Buda ; Les Subs – Lyon ; CND Centre national de la danse – Pantin ; CDCN Le Pacifique, Grenoble ; ICI-CCN Montpellier Occitanie, dans le cadre des Par/ICI; CDCN La Place de la Danse ; Centre chorégraphique national d’Orléans, Les Bazis (09), Théâtre St Gervais Genève.​ Accueil en résidence : La Briqueterie – CDCN du Val-de-Marne, La Ménagerie de Verre, Traverse Bagnères-de-Bigorre.

Crédit photo du portrait de Bryan Campbell en couverture de l’article © Hyacinthe Hennae


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