Le festival bat son plein, on a pu voir « ALGERIA ALEGRIA » de David Wampach dans le grand Studio du Hangar, les Major’s Girls des « Majorettes » de Mickaël Phelippeau au Théâtre de l’Agora, et Palermo Palermo de Pina Bausch au Corum. Trois propositions qui soulignent l’ancrage territorial qui préside à la naissance du geste dansé.
ALGERIA ALEGRIA – David Wampach

ALGERIA ALEGRIA est un duo que David Wampach a écrit pour le danser avec Dalila Khatir. Dalila Khatir a longtemps accompagné David Wampach pour la préparation vocale de ses pièces, mais elle danse avec lui pour la première fois. De formation lyrique, elle a également assuré la préparation vocale des interprètes qui ont participé à 10000 Gestes de Boris Charmatz. Dalila Khatir est aussi danseuse : on a pu la voir, autour d’une table également, dans un duo formé avec Herman Diephuis. Elle a également dansé pour Mathilde Monnier ou Julia Cima, et été comédienne pour Jean-Pierre Laroche, Philippe Ulysse, François–Michel Pesenti et Michel Schweizer. Riche de cette histoire artistique, et de son histoire personnelle, son univers vient croiser celui de David Wampach autour d’une terre d‘origine commune, celle de l’Algérie.
A la table des négociations, ou à celle du banquet, David et Dalila, de noir vêtu.e.s, se font écho, se répondent, s’ignorent, se frôlent, avant de se rejoindre. Enlacer sa mère, embrasser sa terre, conjurer la perte… La mémoire est parfois synonyme de douleur, mais savoir que l’on se souvient, ou que l’on peut se souvenir : voilà l’allégresse ! Métaphore et morphose, l’habit noir et ample du début de la pièce dévoile rapidement un habit de paillettes et de lumières, fait pour célébrer la fête qui rassemble les femmes et les enfants, à l’abri du regard des hommes, lors des mariages algériens. Des Djinns aux allures de flammes dançantes, des fêtes, des transes. On ne sait plus qui, de l’Algeria ou de l’Alegria, est l’anagramme de qui. L’Algérie telle qu’elle existe dans le souvenir… Un peu irréelle, un peu fantasmée, un peu en désordre, un peu remémorée, sans passéisme et sans nostalgie.
L’écriture chorégraphique laisse une grande place à l’improvisation, afin d’évoquer la poussée du souvenir qui envahit le corps et l’esprit, et non la représentation de ce que le souvenir contient. De là la fragilité, d’un soir à l’autre, du temps, du mouvement, et de la relation, au milieu du solide travail de la lumière, de la musique et de la couleur.
Majorettes, Les Majors Girls par M. Phelippeau

Arrivant au pas, les Majors Girls ont envahi le plateau de l’Agora. Ce club de majorettes, fondé en 1964, fonctionne depuis ses débuts sous la conduite de Josy Aichardi. Elle avait 15 ans, en 1964, lorsque sa mère, institutrice et fondatrice des Majorettes de Montpellier, la propulse d’emblée à la place de capitaine, place qu’elle occupe depuis. Les Major’s Girls enchaînent quelques chorégraphies, en groupe, font tournoyer le bâton qu’elles lancent et rattrapent avec dextérité, se changent, et poursuivent leur traversée sans uniforme, sans paillettes, dans leur habit de tous les jours. Une des majorette explique que sa mère l’a inscrite lorsqu’elle était adolescente, car il s’agissait de la seule activité gratuite, et qu’en tant que mère célibataire, à la fin des années 60, elle ne pouvait rien lui offrir de mieux… Une autre explique qu’elle a rejoint les Major’s Girsl en même temps que sa sœur jumelle. Une troisième évoque les voyages faits ensemble, une quatrième oublie son texte, une cinquième raconte la grande sororité qui les unit… Il faut dire que les Majors Girls, atypiques et uniques en France, fascinent. Du documentaire réalisé par Sohée Monthieux, produit par France Télévisions, Causette Prod et Morgane, à leur présence à l’Agora, les Majors Girls partagent avec enthousiasme et sincérité leur choré et leur histoire. Défilant joyeusement à un âge où le justaucorps n’est socialement plus de saison, les Majors Girls ont de quoi nous toucher et, bien au-delà, forcer notre admiration face à la liberté qu’elles incarnent.
C’est indéniable, ces femmes sont exceptionnelles. Une légère brise se fait sentir dans l’air étoilé du théâtre de l’Agora, déposant sur le plateau la question de l’auctorialité… Quelle différence y-a-t’il, en art, entre représenter les majorettes, présenter les majorettes et les “poser” sur le plateau ? « Quid de l’écriture ? – me demande-je – parce que là, franchement, ça sent seulement le filon et la bonne conscience… » rajoute-je. Mais pour le moment peu importe, les bâtons sont lancés !
Palermo Palermo, Pina Bausch

Le rideau s’ouvre, le 4ème mur s’effondre violemment et littéralement au sol, ouvrant le plateau sur un paysage en ruine. Palerme partage avec Berlin d’avoir été détruite pendant la guerre. La ville peinera à s’en remettre. Les années 80 révèle que Palerme est déjà largement gangrénée par la mafia et le clanisme. Le procès de 1986, contre une centaine de mafiosi, marquera le souhait de mettre fin à l’omertà. En 1989, le maire de Palerme, Orlando, engage le « Printemps de Palerme », visant à reconquérir la ville contre la mafia et à développer la culture. C’est cette même année que Pina Baush est invitée à créer sa pièce, dont la structure dramaturgique est celle de l’album de photos, ou de cartes postales, de Palerme… ou de Berlin… Album que l’on feuillette, image après image, situation après situation. Tout – le mur, le parpaing, la lumière, les habits – nous raconte aujourd’hui Berlin, plus que Palerme, dans les ruines de l’après-guerre. Les mots arrivent, dans une première saynète, et c’est l’anglais qui retentit, créant un schisme entre l’œil et l’oreille. La langue anglaise sonne comme une langue doublement étrangère, comme un doublage… Une distance toute expressionniste s’installe entre Palerme, Berlin et la France, entre la chose représentée, l’interprète qui la représente et le public qui reçoit. L’enchaînement des musiques, ainsi que les entrées et sorties de scène et de personnage, évoquent les influences du cabaret berlinois, de l’expressionnisme allemand, et de Max Reinhardt dont le travail se situe à l’extrême opposé de Bertolt Brecht sur le spectre de l’esthétique allemande du XXème siècle…
Palermo, Palermo est la deuxième pièce de la série réalisée en résidence dans les villes étrangères. De là l’extériorité de l’observation, l’image imprimée, et la structure en cartes postales. Les saynètes s’enchaînent, les tableaux aussi, les clichés photographiques et les clichés stéréotypiques… J’avoue m’y être autant ennuyée qu’à une soirée diapo… Alors mon esprit a vagabondé pour revisiter les bons souvenirs qu’il me restait de Café Müller, du Sacre, de Nelken, et de Kontakthof…
Marie Reverdy
ALGERIA ALEGRIA
Chorégraphie et costumes : David Wampach / Chant et danse : Dalila Khatir et David Wampach / Conseils artistiques : Magda Kachouche et Tamar Shelef / Lumière : Samuel Dosière / Son : Jordan Dixneuf / Régie son : Yvan Le Bleu / Régie lumière : Dorothée Dubus / Confection costumes : Marion Duvinage, Eli del Oro
Remerciements : Régis Badel, Nadim Bahsoun, Foxie 2000, Salladhyn Khatir, Mustapha Lakhdari, Zoé Lenglare, Rachel Garcia, Pierre Mourles et Silvia Romanelli
Production déléguée : Association Achles / Coproduction : Festival Montpellier Danse 2022, KLAP Maison pour la danse – Marseille, Scène Nationale d’Orléans / Résidences : Centre Chorégraphique National Roubaix Hauts-de-France, direction Sylvain Groud, LE DANCING CDCN Dijon Bourgogne Art Danse, VIADANSE – CCN Bourgogne Franche Comté à Belfort, Charleroi danse, Centre chorégraphique de Wallonie-Bruxelles, ICI-Centre chorégraphique national Montpellier Occitanie – direction Christian Rizzo, La Maison CDCN Uzès Gard Occitanie, CNDC – Angers / Prêt de studio : Montévidéo, Centre d’Art – Marseille, Marseille objectif DansE
Majorettes
Pièce chorégraphique de Mickaël Phelippeau et les Major’s Girls : Laure Agret, Josy Aichardi, Jacky Amer, Isabelle Bartei, Anna Boccadifuoco, Dominique Girard, Myriam Jourdan, Martine Lutran, Gianna Mandallena, Chantal Mouton, Marjorie Rouquet et Myriam Scotto D’apollonia / Regard dramaturgique : Anne Kersting / Collaboration artistique : Marie-Laure Caradec / Lumière : Abigail Fowler Costumes : Karell Durand
Production déléguée : Bi-p / Production, diffusion, administration : Fabrik Cassiopée – Manon Crochemore, Pauline Delaplace et Marie-Laure Menger / Coproduction : Festival Montpellier Danse 2023, résidence de création à l’Agora, cité internationale de la danse, avec le soutien de la Fondation BNP Paribas, La Filature – Scène nationale de Mulhouse, Les Quinconces et L’Espal – Scène nationale du Mans, La Halle aux grains – Scène nationale de Blois, Format ou la création d›un territoire de danse – Ardèche, Centre national pour la création adaptée – Morlaix, Théâtre Brétigny – scène conventionnée d’intérêt national arts & humanités, CCNT – Centre chorégraphique national de Tours, Le Quartz – Scène nationale de Brest, Le Carreau du Temple, Paris, TAP – Théâtre auditorium de Poitiers. Avec le soutien du Centre national de la danse – CND Pantin La bi-p est soutenue par la DRAC Centre-Val de Loire-Ministère de Culture, au titre du conventionnement, par la Région Centre-Val de Loire au titre du conventionnement et par l’Institut français pour ses projets à l’étranger. / Pour cette création, Mickaël Phelippeau a été accueilli en résidence à l’Agora, cité internationale de la danse avec le soutien de la Fondation BNP Paribas
Palermo Palermo
Tanztheater Wuppertal Pina Bausch / Directeur artistique : Boris Charmatz / Directeur administratif : Roger Christmann / Mise en scène et chorégraphie : Pina Bausch / Scénographie : Peter Pabst / Costumes : Marion Cito / Collaboration musicale : Matthias Burkert / Musiques : Grieg, Paganini, musiques traditionnelles de Sicile, d’Italie du Sud, d’Afrique, du Japon, d’Écosse, musique de la Renaissance, blues et jazz d’Amérique, etc. / Direction des répétitions : Michael Strecker, Robert Sturm, Magali Caillet-Gajan, / Assistante : Nayoung Kim / Accessoiristes : Arnulf Eichholz, Benjamin Greifenberg / Habilleurs : Joshua Manderla, Anna Lena Dresia, Katherina Fröhlich, Ulrike Schneider / Directrice de Ballet : Meredith Dincolo* / Physio-Therapeute : Bernd-Uwe Marszan / Piano : Günther Plöger / Manager de tournée : Leonie Werner / Coordination de tournée : Claudia Irman / Avec Andrey Berezin, Dean Biosca, Naomi Brito, Maria Giovanna Delle Donne, Taylor Drury, Çağdaş Ermiş, Letizia Galloni, Christoph Iacono, Milan Nowoitnick Kampfer, Simon Le Borgne, Reginald Levebvre, Alexander Lopez Guerra, Nicholas Losada, Eddie Martinez, Nazareth Panadero, Franko Schmidt, Azusa Seyama-Prioville, Julie Shanahan, Ekaterina Shushakova, Julie Anne Stanzak, Oleg Stepanov, Julian Stierle, Christopher Tandy, Tsai-Wei Tien, Tsai-ChinYu *invités
Production : Tanztheater Wuppertal / Coproduction : Teatro Biondo Stabile, Palermo et Andres Neumann International / Droits de représentation : Verlag der Autoren, représentant Pina Bausch Foundation Equipe de tournée / Directeur Technique : Jörg Ramershoven / Directeur Lumière : Fernando Jacon / Lumière : Peter Bellinghausen, Robin Diehl, Kerstin Hardt / Son : Andreas Eisenschneider / Régie de scène : Andreas Deutz / Techniciens Plateau : Dietrich Röder, Gökhan Mihci, Phillip Czichon
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