Devant les impératifs de jauges limitées, le festival Montpellier Danse se fait plus intime que d’accoutumé. Pas de Corum cette année : Opéra Comédie, Salle Molière, Halle Tropisme, le festival se poursuit par trois propositions plutôt baroques… Dans leur débordement (Concrerto) leur faste (LoveTrain2020) ou leur trouble énonciatif (Défilé pour 27 chaussures).
CONCRERTO – Aina Alegre & David Wampach (Création)

Dans la petite salle Molière de l’Opéra Comédie, David Wampach et Aina Alegre proposaient une forme (dé)concertante. Ce Concrerto est fait de musique concrète hurlante, performé par 4 hommes, bonhommes vêtus de bleu : un peu automates, un peu déjantés, un peu de danse, un peu de performance, un peu de théâtre, un peu de mime, un peu de clown, un peu de cris…
Impressionnant jeux de poignets de Hétonque jouant, conjointement, du violon et de la nyckelharpa (aurait-on dit) et époustouflante (sans mauvais jeu de mot) cage thoracique de Romain Mercier, jouant du saxo et de la clarinette en même temps, les deux becs dans la même bouche, le même souffle pour les deux instruments, pour une hypnotisante apnée…
DEFILE POUR 27 CHAUSSURES – Mathilde Monnier & Olivier Saillard (Reprise)

Dans la salle bifrontale et toute en longueur de la Halle Tropisme, aux allures de podium, Mathilde Monnier propose une pièce pour 27 chaussures : un défilé pour elles, une chorégraphie pour elle. Entre pose et posture du corps au service de l’accessoire, les chaussures défilent, noires et brillantes, cirées de près et la danse s’insère entre deux paires. De l’à côté de ses pompes, pas après pas, aux pompes funèbres glissées sur le sol, du lacet délaissé au nombre impair de la paire de bottes pour pieds et bras, Mathilde Monnier manipule chacune d’elles avec la même attention. Mais force est de constater que nous n’arrivons pas à regarder les chaussures, finalement, car dans le rapport de proximité que Mathilde Monnier instaure avec le public, par les nombreux échanges de regards yeux dans les yeux et les sourires adressés, la figure de la chorégraphe s’impose clairement et s’oppose radicalement aux mannequins glacées et déhanchées des Fashion Week.
LOVETRAIN2020 – Emmanuel Gat (Création mondiale)

Derrière les ouvertures en fond de scène de l’Opéra Comédie, zèbrant le plateau de sfumato et de lumière, se cache une galerie de personnages baroques. Comme dans une boite à image ils entrent, sortent, en groupe, quatuor, trio, duo ou solo. Le premier tableau, par le chatoiement des costumes conçus par le danseur Thomas Bradley, n’est pas sans rappeler la rondeur et la sinuosité des corps baroques en amas, enroulés dans des drapés lourds et précieux qui voilent autant qu’ils révèlent les corps.
Le plateau alterne entre le silence qui laisse entendre le bruit des pas et des souffles, et les morceaux pop du groupe britannique Tears For Fears, de « Mad World » (Monde Fou) jusqu’au très célèbre « Shout » qu’il faut traduire par « Criez ». « La chorégraphie n’entre pas facilement en dialogue avec cette musique », confie Emmanuel Gat. Et en effet, on sent que la danse prend ses distances avec la musique, qu’elles avancent toutes deux conjointement, chacune dans leur rythme et dans leur déploiement, pas forcément réciproque.
La musique nous dit qu’ « In violent times, you shouldn’t have to sell your soul in black and white » (En ces temps violents, vous ne devez pas vendre votre âme dans le noir ou dans le blanc), mais la laisser se dissoudre dans les couleurs bigarrées des influences pop-baroques…
Annulation, report, masques, un siège sur deux… Tout était fait pour cette belle réussite : aucun cluster n’est à constater dans les salles de spectacle… Et pourtant : couvre-feu, tout le monde s’acharne à tout réorganiser, puis confinement Bis… Arrêt total… Montpellier Danse Edition 40 Bis subit le Confinement Bis…
C’étaient les derniers spectacles vus avant la nuit de nos lectures, écrans, streaming, loin des salles de spectacle…
Marie Reverdy
Voir le programme de l’édition 40 Bis sur le site de Montpellier Danse